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mercredi

La contrevie, Philip Roth

Voilà les cartes:

Londres, Newark, Jerusalem.
Nathan, Henry, Maria.
Le sexe, la mort, la religion, l'écriture, une vie et une seule.
La Suisse, la Judée, le Gloucestershire.
Les parents, les enfants, les épouses et les amants. Les frères ou les faux frères.
Baiser ou ne pas pouvoir, mourir ou ne pas vouloir,  s'engager ou s'enfuir, le livre ou le contrelivre, la vie ou la contrevie.



La contrevie est une succession de mélanges, d'options et de diverses possibilités à partir de ces ingrédients essentiels et majeurs chez Philip Roth (et les êtres humains en général).

Que faire de l'unique chance de vivre que nous avons? comment sont distribuées les cartes? comment tricher? comment gagner? c'est quoi gagner quand on sait que tout est perdu d'avance?

Et comme ça m'épuise d'être aussi spirituelle et profonde, je m'arrête là!


***

La contrevie, Philip Roth (1986). (V.O. The counterlife)

Ce que je préfère chez Philip Roth? Nathan Zuckerman!

vendredi

Elégie pour un américain, Siri Hustvedt


Merci à Blogger qui a su, 
en effaçant mon premier jet spirituel et enlevé, 
mettre à l'épreuve ma mémoire et ma ténacité.

Soyons clairs, ce que je préfère chez Siri Hustvedt, ce ne sont pas ses écrits. Ceci dit, ses romans ne tiennent pas trop mal la route, j'avais bien aimé Tout ce que j'aimais  (What I loved) (dédié à Paul Auster) malgré le titre vachement culcul-la-praline (aka Anna Gavalda) et L'envoûtement de Lily Dahl (The Enchantment of Lily Dahl) (dédié à ses mère et soeurs), au titre un peu plus austérien.



Elégie pour un américain (The Sorrows of an American) (dédié à sa fille Sophie Auster) démontre que l'auteur a de la suite dans les idées et un instinct familial très abouti. 

L'idée est intéressante, partir de bribes du journal de son père (le vrai) pour broder un roman sur l'américanisation, l'héritage et la transmission au sens large (d'une maison, d'un caractère, d'une nation), et puis comme le narrateur est psychiatre, on peut être sûr que tout cela sera traité avec intelligence et analysé avec finesse (les psy référents de Siri Hustvedt sont cités en fin d'ouvrage comme gage de sérieux).

Ca se passe à New-York où des tas de personnages beaux et intelligents se croisent (bon, il y en a bien un qui souffre de sudation excessive et handicapante) (d'ailleurs c'est le pauvre de service) (et si je vous dis qu'à la fin il s'avèrera être un brin travelo, vous risquez de ne pas me croire!) (à tort!).
Certains rappellent étrangement Siri, Paul et Sophie (sauf qu'ils s'appellent Inga, Max et Sonia, voyez le genre), ce qui convient parfaitement à mon appétence pour les romans à clé (aka Voici).

Le thème de la mémoire familiale dans le corps et dans l'esprit, ça m'a semblé un brin convenu et déjà vu; la construction quant à elle m'a dans l'ensemble un peu frustré, avec des tas d'histoires qui partent dans tous les sens, ce qui me laissait le temps de divaguer et d'imaginer des tas de solutions aux problèmes posés et finalement rien ou presque. 
Mon avis est partagé au final, entre une intrigue sympa et un mari de l'auteur trop génial, comme quoi c'est pas contagieux.



***

Elégie pour un américain, Siri Hustvedt(2008).

Ce que je préfère chez Siri Hustvedt? Son mari Paul Auster!

Mon premier roman de Paul Auster? Mr. Vertigo, lu pendant l'été 1997.

Deux supers films plus ou moins de Paul Auster? Smoke de Wayne Wang et Brooklyn Boogies de Wayne Wang et Paul Auster.

Le Paradis- un peu plus loin, Mario Vargas Llosa

Sous prétexte au départ de raconter la toute fin des vies de Flora Tristan et de son petit-fils Paul Gauguin, Mario Vargas Llosa, un de mes auteurs favoris, présente en réalité deux biographies romancées assez complètes à la faveur de flash-back bien amenés.

Pour mémoire, Flora Tristan est une révolutionnaire féministe du milieu du XIXème, une femme qui me rappelle sans émotion Glawdys, 4ème1, qui après une première salve de recherche en salle informatique pour préparer une exposition en éducation civique sur le féminisme en France, m'avait asséné sans ambages: "Ouah la tronche d'la meuf! Trop le boulé mâdâm! Pourquoi kjeufé une moche? Elle a dla moustache en plus!"

Paul Gauguin, quant à lui, inutile de vous le présenter, puisqu'il est devenu bien plus célèbre que son aïeule (lien de parenté que j'ignorais totalement), pour ses fameux tableaux avec toutes ces bonnes femmes sans chevilles et aux pieds plats, à la peau jaune-orange et aux arbres bleus. Grâce à deux billets de Yibus, je me suis aperçue qu'elles sont également souvent à moitié nues, ce qui ne m'avait jamais frappée auparavant! Etonnant, non?



L'ensemble étant mené en parallèle, un chapitre chacun son tour, jouant sur le fait que leurs vies sont effectivement marquées par d'identiques récurrences: l'absence du père, le détachement de la mère, le déracinement, l'attirance vers le lointain et le paradis perdu, l'espoir d'une vie purgée des vices contemporains (exploitation de la femme, embourgeoisement, conformisme...), la maladie et la souffrance du corps pendant des années, qui les amoindrit sans leur faire perdre de vue leurs déterminations politiques ou artistiques, et je pourrais certainement continuer longtemps comme ça mais j'ai un sachet de Tomatensuppe Toscana qui est en train de bouillir.

C'est un roman poétique, limpide et complexe, un double récit multiple, à la langue très personnelle, présentant deux personnalités énormes et hors-normes, et si vous voulez mon avis, il arrive de temps en temps qu'on ne reçoive pas un Prix Nobel de Littérature pour rien.

Enfin, à titre personnel, j'ai particulièrement adoré les passages sur Flora Tristan car j'ai une prédilection pour l'histoire sociale et urbaine de la France du XIXème, et j'ai rarement l'occasion, au quotidien, de me souvenir d'Agricole Perdiguier, de Victor Considérant ou de Prosper Enfantin...

Et à titre universel, notons le beau titre du roman, justement, qui raconte un peu la (les) fin(s). (en V.O.: El Paraìso en la otra esquina).


***

Le Paradis-un peu plus loin, Mario Vargas Llosa (2003).

Mon roman préféré de Mario Vargas Llosa? Tours et détours de la vilaine fille (2006). La fête au Bouc, (2000) ça déchire aussi, mais dans un autre genre.

Mon tableau préféré de Gauguin? son portrait de Van Gogh (1888), un autre peintre incompris de ses contemporains mais que je préfère de loin!


Retrouver Glawdys de 4ème1 plus vraie que nature? Voir L'Esquive, un film d'Abdellatif Kechiche (2002), sa mère, un film pas trop mortel dsa race, tvois, paske ça fé un peu caricatural, sa mère, mais t'as vu, kamême, cé tro ça!



jeudi

Livres abandonnés

Bloquant à la cinquantième page du Pynchon (L'Arc-en-ciel de la gravité), je sais déjà que je ne le finirai pas (sinon jamais).
J'ai commencé en parallèle la correspondance de Flannery O'Connor, mais je sais déjà qu'en fait, je n'y reviendrai pas.

C'est toujours un problème de ne pas finir un livre commencé.

D'abord, je possède une grande quantité de bouquins qui donnent d'après moi un certain cachet à mon salon, et le fait que certains d'entre eux n'ont jamais été achevés me paraît une sorte de trahison pour le cachet de mon salon, auquel je tiens.
Surtout que je suis hyper nulle en décoration et rangement, alors si en plus les livres envahissants ne sont pas lus, la fin des haricots s'approche.

Ensuite, passée cette question éthico-esthétique, je conclus que ma faible capacité d'appréciation de romans un peu en dehors des clous habituels résume certainement un goût vulgaire et populaire.
Sans être particulièrement snob, je trouve que je vaux mieux que ça. Alors j'essaie, mais j'y arrive pas.

Enfin, en l'occurrence, sur le Pynchon, je bloque par faiblesse intellectuelle; c'est bien simple: je ne comprends rien.
Je sais que c'est fait exprès, mais franchement, ça m'agace de me projeter sur 900 pages à essayer de comprendre ce qui se passe, où, avec qui, quand, pourquoi, comment; je suis bien trop paresseuse pour ça.



Je vais donc abandonner (mais sur ma table de nuit, ça pourra toujours être utile en cas d'insomnie) l'Arc-en-ciel de la gravité, de Thomas Pynchon, tout comme j'ai abandonné:

Ingrid Caven, de Jean-Jacques Schuhl
(sans doute parce que je détestais la personne qui me l'a offert)

Blanche ou l'oubli, Aragon
(aucun souvenir du pourquoi de l'abandon)

L'emploi du temps, Michel Butor 
(gros mauvais souvenir, j'étais malade en plus, donc même si je me dis que je devrais réessayer, je me sens nauséeuse immédiatement)

Théra, Zeruya Shalev
(à chaque fois que je l'attrape, je lis une page et je me dis "non mais je voudrais lire un truc marrant, là")

Le vieil homme et la mer, Hemingway
(il est pourtant pas long, celui-là, mais va comprendre)

Les béatitudes bestiales de Balthazar B, de J.P. Donleavy
(pourtant d'après la 4ème de couverture je devrais aimer, mais la 1ère de couverture me dérange donc je ne l'ai même pas ouvert!) (je raffole pas de Botero et de la cellulite, ça me perturbe) 

D'un château l'autre, Céline
(je peux pas, j'ai pourtant essayé de combattre mes réticences, mais sans succès; par contre j'ai visité le château de Sigmaringen et j'ai jamais eu aussi honte de ma vie parce que la visite guidée était obligatoire et donc j'ai eu l'impression que tous les visiteurs -allemands- nous ont regardé de travers quand on était dans la suite accueillant Laval et Céline) (même si franchement c'est un peu l'hôpital qui se fout de la charité)



***


Des films abandonnés au cinéma? Crash, de David Cronenberg (1996), par pudibonderie.  Land and Freedom, de Ken Loach (1995), pour un rendez-vous amoureux que j'aurais mieux fait de louper!

Un film que j'aurais dû abandonner au cinéma? Les destinées sentimentales, d'Olivier Assayas (1999). Ceci dit on en rigole encore.



Sur la plage de Chesil, Ian McEwan

Angleterre, 1962.
Un hôtel "situé à un kilomètre et demi d'Abbotsbury dans le Dorset, à flanc de colline derrière le parking de la plage".
Florence et Edward s'apprêtent à passer leur nuit de noces, accessoirement leur première nuit ensemble et surtout leur première expérience sexuelle tout court. 
L'amour, l'émotion, la joie. 
Sauf qu'on est seulement en 1962, et que si d'ici quelques années tout va changer, pour l'instant, un énorme nuage de pudeur et de conventions plane au-dessus des deux amoureux et de leur rôti sauce brune.


En 175 pages, on découvre tout ce qui réunit les deux héros, tout ce qui les sépare, leur enfance, leur rencontre, leur futur, et tout au long de la nuit de noces, les progrès qu'ils effectuent déjà l'un et l'autre pour s'accommoder de la situation étrange quand un corps d'homme (et tout particulièrement son pénis tumescent) se confronte à un esprit de femme et inversement. 
Malheureusement ça ne suffira pas. 
Ce trop court roman offre l'avantage d'être lu en une après-midi tranquille et délicieuse, ponctuée de quelques éclats de rire.


***

Sur la plage de Chesil, Ian McEwan (2007).

Un autre roman trop bien de Ian McEwan: Expiation (2001), adapté en le film bien cucul mais néanmoins délicieux Reviens-moi (2007).

Un autre auteur britannique qui a parlé des entraves de la société puritaine à l'épanouissement sexuel des couples mariés dans les années 60: David Lodge, notamment dans La chute du Britsh Museum (1965). Son univers ne s'arrêtant pas à cette question, avec toute une série sur les milieux universitaires anglais et américains très très très drôles.

mercredi

Le coeur est un chasseur solitaire, Carson McCullers





Dans la triste moiteur d'une ville du Sud des Etats-Unis, 1938.
Il y a Mick Kelly, la grande fille qui se cherche en musique. 
Et aussi le Docteur Copeland, un vieux médecin noir, communiste et malade.
Singer, le mystérieux sourd-muet qui est de toutes les conversations et qui écoute tout le monde mais se morfond sans son ami.
Jack Blount, le syndicaliste alcoolique qui répare les manèges.
Biff Bannon, le bistrotier veuf, soigné et pédophile.
Portia, l'employée de maison noire qui a'ondit les angles.
Baby, la mini-miss.
Harry, l'adolescent juif qui rêve de tuer Hitler.
Il y a aussi William, Antonapoulos, Ralph, Highboy, Alice, Mickey Mouse...



Ils se croisent, se parlent, ne se comprennent ni ne s'entendent.
Il y a la crise, la ségrégation, l'alcool, la misère, les accidents, le désespoir, la solitude, la violence policière, la maladie, la mort.
Il y a des pieds sciés, un coup de fusil accidentel, des injures et des violences sur un vieil homme à terre, un suicide, une bagarre sanglante.

Très peu d'espoir, un peu de musique, d'amitié, et Karl Marx.




***

Le coeur est un chasseur solitaire, Carson McCullers (1940).

Un court roman de la même auteur avec des questions sur le sexe: Reflets dans un oeil d'or (1941) (adaptation cinématographique avec Elizabeth Taylor, ce que je ne savais pas en le lisant, mais c'est pourtant à elle que je pensais!).

Mon premier film préféré de ma vie sur fond de ma première chanson préférée de ma vie avec mon premier habit préféré de ma vie (la marinière) adapté de Frankie Addams (1946) de Carson McCullers: L'effrontée, Claude Miller (1985).



vendredi

Je, François Villon et Le Montespan, Jean Teulé

Un court message pour dire à ma mère que je ne lirai plus jamais les saletés dont elle se débarrasse honteusement en exploitant mon temps de cerveau disponible.
Jean Teulé, je me souvenais de lui dans une émission de télé qui passait sur FR3, L'assiette anglaise, avec Bernard Rapp, le tout estampillé années 80, comme le temps passe. (mais j'avais six ans) (je jouis d'une mémoire exceptionnelle)


Je continue à gâcher mon temps de cerveau pour lui, mais j'ai pas grand chose de mieux à faire ce matin.




Le pire de ces deux romans,  Le Montespan, associe un style grotesque à une inculture crasse. ("très cher, vous n'allez pas vous battre en duel alors que notre roi ensoleillé Louis XIV les a interdit par décret depuis 1626!")


Le moins pire, Je, François Villon, ne mérite pourtant pas de quitter le moindre quai de gare, de toute façon vous aurez fini de le lire avant que le train arrive.


Si vous avez le goût de la langue et un microscopique sens de l'Histoire, fuyez.


Le plus choquant étant les illustrations (!) au cas où on le lecteur avide de culture ne saurait pas à quoi ressemble une gargouille ou une poule versaillaise.






***

Je, François Villon, Jean Teulé (2006).

Le Montespan, Jean Teulé (2008).

Un film bien nul aussi écrit par Jean TeuléDarling, de Christine Carrière, avec Marina Foïs et Guillaume Canet, à fuir avec autant d'empressement que les livres précédemment cités. A ma décharge, je faisais du repassage le jour où j'ai vu ce film et comme je repasse rarement, soit je changeais de chaîne et j'abandonnais mes chemisiers, soit je laissais filer et mon allure serait soignée.

Un film de Bernard Rapp, le fameux présentateur de l'Assiette anglaise? un élégant polar autour d'un écrivain et d'un éditeur: Tiré à part (1996).

mardi

Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable, Romain Gary

Encore un ouvrage qui fait penser que la science a du bon. Si Romain Gary avait connu le Viagra, il n'est pas certain qu'il se serait montré si désespéré du monde, si proche de la mort dans un corps en déchéance et sans vigueur dans la queue.


Quand on a que l'amour, et plus de jus, il est bien difficile d'essayer d'avancer.
Mais le roman ne parle pas que de déchéance sexuelle et d'un corps vieilli qui tente de trouver une issue glorieuse et financièrement acceptable pour sa famille, il évoque avec une lucidité étonnante la fin d'un temps béni, celui des Trente Glorieuses.
Le "jeune Chirac" est aux commandes, Chaban-Delmas et la vieille garde maquisardo-gaullienne à la ramasse, la crise se confirme, l'Amérique s'en sort, l'Europe est larguée, le bling-bling fait peine à voir, Venise est menacée par les eaux, le recours aux travailleurs étrangers est une nécessité mal acceptée... On est en 1975 mais à quelques détails près (dont la jeunesse de Chirac), les passages sociétaux sont d'une actualité assez étonnante. Ne serait-ce le Viagra.

Jacques Rainier, 59 ans, bande mou et sa brésilienne d'amoureuse âgée d'une vingtaine d'années ne lui en veut pas: le cauchemar.

Quand on connaît la passion pour l'amour des femmes de l'auteur, et quand on sait qu'il s'est suicidé quelques années après l'écriture de ce roman, on prend la mesure de la froide colère qui marque chaque ligne de cette triste histoire.


***

Au-delà de cette limite, votre ticket n'est plus valable, Romain Gary (1975).

Un autre roman écrit par Romain Gary en 1975? La vie devant soi, d'Emile Ajar, un roman d'une tragique drôlerie, à faire pleurer dans tous les sens.

Un autre roman évoquant la fin d'une sexualité masculine débridée auprès d'une jeune américaine du sud? La bête qui meurt, de Philip Roth (2001).

Un film sur le sujet? La débandade, de Claude Berri (1999).
Au passage, il existe aussi la version cinématographique de La bête qui meurt, et ça s'appelle Elegy, et c'est réalisé par Isabel Coixet (2008), vec Ben Kingsley en David Kepesh!

Voilà!

jeudi

Les Forestiers, Thomas Hardy


Quand je lis "Les Forestiers", une chronique sociale et comme son nom l'indique, sylvestre, d'un patelin perdu au milieu des bois, je ris souvent des métaphores sexuelles balourdes et éculées (mais peut-être Thomas Hardy en est-il lui-même à l'origine avec ce roman pourtant méconnu?) tournant sans finesse autour des sous-bois qu'on farfouille, des tapis de mousse humides, des jeunes branches tendues comme des arcs et de la sève qui jaillit.



Tout y est: Grace, la jeune fille élevée au-dessus de sa condition; Mrs Charmond, la bourgeoise trentenaire ancienne coquette; Mr Fitzpiers, le jeune médecin cruel et séducteur; Melbury, le vieux père qui a tout sacrifié et surtout, surtout, Giles Winterborne, l'homme des bois. Ambiance victorienne, corsetée et pleine de convenances et d'inconvenances.

Par ailleurs et surtout, le roman est traversé de part en part d'un nombre considérablement affreux de tragédies et autres destins contrariés, hasards malheureux, mauvais choix, mensonges, aveuglement, décisions désastreuses...

Le roman s'ouvre et se ferme sur un personnage "secondaire" mais dont la présence, l'honnêteté, la sagesse, l'humilité et l'amour tu écrasent tous les autres personnages qui pêchent par orgueil ou gourmandise et qui finiront mal.

Un roman ni franchement optimiste ni guilleret, en somme.

***

Les Forestiers, Thomas Hardy (1887).

Un autre roman, contemporain d'ailleurs quoique français, composé d'une succession de désastres? je pense à La joie de vivre, d'Emile Zola (1884).

Un autre roman anglais tapi dans la mousse assortis d'étreintes dans la terre en dépit des convenances? L'amant de Lady Chatterley, D. H. Lawrence (1928)! A compléter avec le visionnage du film de Pascale Ferran (2006), notant au passage une superbe scène de fontaine qui explose à un moment fatidique, pour filer l'idée de la métaphore sus-citée.

Disons que la métaphore est un procédé qu'il appartient à chacun d'apprécier, mais malgré tout, point trop n'en faut, c'est vite ridicule.


lundi

Berlin Alexanderplatz, Alfred Döblin


Dans le but d'élaborer un fond de références littéraires germanique, je m'efforce ces temps-ci à découvrir un peu la culture fondamentale de mon nouveau pays, l'Allemagne, qui m'est jusqu'alors totalement étrangère, et je m'en consume de honte.
Grâce à Alfred Döblin, mais aussi et surtout grâce à l'infatigable concours de Franz Biberkopf (notre héros), me voilà désormais un peu plus renseignée sur l'Allemagne, ou tout au moins sur les bas-fonds berlinois de la fin des années vingt, ce qui concentre déjà pas mal de choses.

La couverture Folio, un détail du Crépuscule, aquarelle de Georg Grosz (un ami d'Otto Dix, un de mes peintres allemands favoris sinon mon), datant de 1921, annonce tout à fait la couleur, une fois n'est pas coutume.
La force du roman tient dans la carrure de Franz Biberkopf, l'arsouille avec qui le Destin ne prend pas de pincettes, un ancien déménageur voyou séduisant les fifilles, souffrant d'alcool mauvais et d'une droiture aléatoire quoique sincère.

Nous suivons ses pérégrinations berlinoises sur une petite paire d'années qui en valent dix au bas mot, aux côtés d'un narrateur omniscient tout aussi désolé que nous du spectacle offert par Franz Biberkopf.

La langue est belle, l'histoire est forte, les personnages affolants, la période fascinante, le lieu étourdissant, l'ensemble est d'une modernité assez incroyable et je vais bientôt me promener sur l'Alexanderplatz avec un regard particulier et je ne manquerai pas de zyeuter l'entrée du métro en pensant au cheval qu'en a sorti un Franz Biberkopf amoindri lors de sa construction il y a bien longtemps de ça.

***
Berlin Alexanderplatz, un roman monumental d'Alfred Döblin (1929).

D'autres artistes allemands qui me plaisent: Dürer, Goethe, Paul Klee, Kandinsky, Otto Dix, Hermann Hesse, Erich Maria Remarque, Leni Riefenstahl (non! ça c'est une blague!).

Je ne connais absolument rien au cinéma allemand, mais je connais sa valeur et l'ampleur de mon ignorance, j'espère combler ce manque très rapidement. N'empêche que j'ai adoré un fameux film récent se passant à Berlin: Good bye, Lenin!, un film de Wolfgang Becker (2003).

Berlin Alexanderplatz adapté à la télévision? Rainer Werner Fassbinder l'a fait, en 1980, et ça tient en 14 épisodes que j'ai hâte de voir (décidement).





mercredi

Gros-Câlin, Emile Ajar

Romain Gary, un des plus flamboyants et mystérieux auteurs du XXème siècle: courageux, intelligent, talentueux, drôle, politique, beau, et en plus de tout ça légendaire; vraiment un de ces types dont on voudrait faire un modèle pour son propre fils (Romain Gary pêchait-il par bavardage étant enfant? voilà qui me tourmente pour des raisons filiales justement).

Pourquoi parle-je de Romain Gary? Car Emile Ajar naquit de l'imagination dudit Romain Gary (né Roman Kacew, d'ailleurs) (il a écrit sous d'autres pseudos aussi, mais dans une moindre gloire), pour devenir l'auteur de quelques uns de ses plus chouettes romans, notamment La vie devant soi (prix Goncourt en je ne sais plus quelle année mais ça doit se trouver aisément dans l'internet mondial) et ce Gros-Câlin, méconnu mais délicieusement neurasthénique et pathétique à mon goût.

Cousin a vingt-huit ans, il est orphelin, parisien et statisticien, on comprendra aisément son énorme besoin de bras pour l'étreindre, le réchauffer, lui témoigner de l'affection, de la sympathie et de l'amour si possible démographique. Un gros python fera l'affaire.

Innocence, naïveté et terrible clarté de vue font déjà partie du style inimitable d'Emile Ajar (Gros-Câlin est son "premier" roman). Il évoque principalement la solitude du monde moderne, les difficultés de communiquer, mais sur un ton si décalé et drôle malgré tout qu'on oublierait presque le pessimisme sur lequel s'achève à mon sens le roman.

***

Gros-Câlin, Emile Ajar (Romain Gary), 1974.

Un autre roman merveilleux d'Emile Ajar? La vie devant soi, Prix Goncourt (refusé) 1975. Egalement adapté avec succès au cinéma en 1977 par Moshé Mizrahi, Simone Signoret interprétant le rôle de Madame Rosa (et oscarisée pour cela).


vendredi

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Harper Lee


Il faut d'abord insister sur le fait que ce célèbre roman fort bien ficelé est destiné à la jeunesse, donc passé treize ans, on trouvera ça cucul-la-praline, à juste titre.

Cela étant dit, pour l'élévation des jeunes gens, ça peut être intéressant, abordant des thèmes importants comme la justice, l'injustice, les différences sociales, la tolérance, et bien entendu le racisme puisque situé dans l'Alabama des années 30 et de la grande crise, il s'agit du sujet central.
La narratrice, Scout, évoque cependant ses souvenirs d'enfance de petite fille un peu agitée, entourée de son grand frère chéri Jem et d'un ami fidèle quoiqu'estival, Dill, sur un ton naïf, léger et souvent drôle, alors que le sujet (la violence des injustices faites à un jeune noir - pourtant propre et fréquentant l'église) permettait facilement de verser dans le larmoyant et la manichéisme primaire.
On n'en est pas loin, mais le pire est évité.

Perclus de bons sentiments, certes, mais écrit à la fin des années 50, à une époque où les problèmes évoqués n'avaient guère été réglés et étaient même d'actualité (conquête des droits civiques des noirs américains), ce roman a du mérite et d'ailleurs il ne cesse depuis d'être une référence en la matière (il fait partie des ouvrages incontournables étudiés dans tous les collèges et lycées des Etats-Unis).
On notera avec ravissement, pour ceux que ça intéresse, que le personnage de Dill a été influencé par Truman Capote, ami d'enfance de l'auteure, Nelle Harper Lee.

La biographie de cette dernière interpelle par ailleurs, puisqu'après avoir connu un phénoménal succès avec ce premier roman, assorti de la gloire d'un prestigieux Pulitzer 1961 et d'une adaptation cinématographique immédiate offrant des oscars notamment au magnifique Gregory Peck qui tient le rôle du père, Atticus Finch, merveilleux de gentillesse, de dignité et de droiture, la jeune femme qui a fini par vieillir n'a plus jamais rien publié.
A ce sujet, des tas de légendes ont circulé: Capote serait le véritable auteur, ses tiroirs seraient pleins mais l'angoisse d'affronter la critique importerait trop à la discrète romancière, ou bien encore elle publierait sous différents pseudonymes... (source: wikipédia, alors si ça se trouve c'est pas vrai!).


***
Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, un roman signé Harper Lee, 1960 (Editions de Fallois, Livre de poche).

Deux films où apparait la figure de Nelle Harper Lee sous les traits respectifs de Catherine Keenner et de Sandra Bullock: Capote de Bennett Miller (2005) et Infamous (Scandaleusement célèbre) de Douglas McGrath (2006). J'ai vu les deux, ce sont deux films traités de la même façon sur la même période (l'enquête et l'écriture du roman De sang froid), avec quelques nuances dans l'interprétation des écrits; j'ai préféré Infamous, le méchant était plus sexy et plus... méchant.

Le film tiré du roman To kill a Mockingbird: Du silence et des ombres un film de Robert Mulligan, 1962.


dimanche

L'insoutenable légèreté de l'être, Milan Kundera


Tomas, Tereza, Sabina, Franz, Nietzsche, les gargouillis, les cheveux qui sentent le sexe d'une autre, le printemps de Prague, les micros dans les murs, le médecin laveur de carreaux, la serveuse photographe, Zurich, l'éternel retour, Prague, Genève, Paris, les hasards, la trahison, Beethoven, le Cambodge, la révolution du kitsch.
Qu'est-ce qui est pire? la pesanteur? la légèreté? comment diriger sa vie, la dirige-t-on vraiment, doit-on avoir des regrets, doit-on continuer à avancer, quitte à aggraver une situation déjà désespérante?
On ne s'ennuie pas, en somme.

La construction baroque a un sens et le plus bluffant dans ce roman à tiroirs reste l'annonce prématurée de la fin, ce qui donne une intensité encore plus dramatique à la conclusion.
Le type de la postface (François Ricard) parle de Kundera en tant qu'écrivain du désespoir, nous étions donc faits pour nous entendre.

***

L'insoutenable légèreté de l'être, de Milan Kundera, 1984 (Gallimard).

Envie de voir l'adaptation cinématographique? C'est The Unbearable Lightness of Being, de Philip Kaufman, sorti en 1988 avec le magnifique Daniel Day-Lewis, Juliette Binoche et Lena Olin.

Un autre tchèque de génie: Milos Forman, le réalisateur de mes films situés au XVIIIème préférés (Amadeus et Valmont).

vendredi

Rocher de Brighton, Graham Greene


J'ai découvert Graham Greene à l'âge treize ans, avec une scolaire lecture du Troisième Homme. J'ai alors décidé qu'il n'y avait pas grand chose d'autre à attendre de la vie que de bons livres, et j'en suis heureuse. Sur la couverture de mon exemplaire, il y avait Orson Welles traqué en plein Vienne de l'après-guerre, et quand plus tard j'ai vu le film, je me suis dit qu'il n'y avait pas grand chose d'autre à attendre de la vie que de bons films. Et après on me reproche de n'avoir aucune ambition!

Il s'agit d'une sorte de roman psychologique à suspense avec tout un tas de personnages déglingués et perdus. Son rapport torturé avec le catholicisme apparaît une fois encore, renforcé par la jeunesse des héros, à la fois purs et impurs, sacrifiés et incapables de se sauver ou d'être sauvés, prisonniers de leur destin, et qui ont trente-trois ans à eux deux (l'âge du Christ!).

***

Rocher de Brighton, de Graham Greene, 1938 (Robert Laffont, Pavillon Poche).

Un autre titre faisant référence à des bonbons: Sucre d'orge, un recueil de nouvelles de Tennessee Williams!



Oscar Wilde, Arthur Conan Doyle: romans croisés



Récemment, deux lectures m'ont fait par hasard croiser Conan Doyle et Oscar Wilde.


Le premier roman, Arthur & Georges, de Julian Barnes, présente une biographie romancée de Sir Arthur Conan Doyle, célèbre créateur de Sherlock Holmes, croisée avec un célèbre fait divers britannique autour d'un personnage relativement sot et antipathique quoiqu'innocent, George Eladji.
Le roman peut paraître un peu inégal, puisque face au héros malheureux, poursuivi, victime de racisme, naïf et pas très éveillé, on est transporté d'allégresse et d'admiration pour la personnalité extraordinaire de Doyle, un homme honnête, intègre, droit, doué, aux multiples
facettes (médecin, auteur célèbre, sportif de haut niveau), curieux de tout...
Evidemment, l'opposition de ces deux personnalités est nécessaire à l'intrigue et au projet d'innocenter cet imbécile de George, mais comme le style suit, les chapitres concentrés sur ce dernier (c'est chacun son tour) ont du mal à décoller, ça finit par être lassant, d'autant que toute la fin du roman évoque la passion pour le spiritisme de Conan Doyle, et comme on ne marche pas une seule seconde, on s'écarte vraiment du polar haletant promis au départ.

Cela étant, une belle découverte, donnant l'envie de découvrir un peu mieux Sherlock Holmes!

Et par le plus grand hasard, annonçais-je, j'ai retrouvé Conan Doyle en tant que personnage de roman dans un polar assumé cette fois, acquis pour passer l'été dans la plus grande tradition, dont le détective n'est autre qu'Oscar Wilde, plus célèbre pour son dandysme et son procès en "grave indécence" que pour ses quelques romans, contes et nouvelles, qui gagneraient à être plus lues.
L'auteur, Gyles Brandreth (une sorte de people VIP anglais d'après ce que j'ai compris de la notice bio?) réussit un bel exercice de synthèse biographique et de récupération spirituelle, du coup le roman, à l'intrig
ue pas folichonne, se laisse lire avec beaucoup de plaisir, puisque les bons mots à la manière de (voire de tout court) Wilde égayent franchement le récit. Nombre de personnages ont vraiment existé, dont Doyle, sa femme, le narrateur Robert Sherard, ainsi que la plupart des lieux ou anecdotes évoquées, ce qui rend le tout beaucoup plus intéressant que je ne le craignais. J'attends la suite!


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Arthur & Georges, un roman de Julian Barnes, 2005 (Mercure de France, Folio).

Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles, un roman policier de Gyles Brandreth, 2007 (10/18 coll Grands Détectives).

Plus qu'un héros de roman fidèle et spirite, l'auteur Sir Arthur Conan Doyle: les aventures de Sherlock Holmes.

Plus qu'un détective amateur, goinfre et dépensier, l'auteur Oscar Wilde: Le portrait de Dorian Gray, Le crime de Lord Arthur Savile...

Pour retrouver le médecin qui inspira le créateur de Sherlock Holmes: Professeur Bell, une série BD de Joan Sfar!

lundi

L'immeuble Yacoubian, Alaa El Aswany

Voici un roman très passionnant et politiquement incorrect, et pas que pour les intégristes égyptiens; quelques passages m'ont moi-même mise un peu mise à l'aise, pourtant Dieu sait (que son nom soit exalté) qu'il en faut beaucoup.
 
Il s'agit d'une évocation sans concessions de la société cairote (du Caire) des années 90, entre montée de l'islamisme et du terrorisme, du refus des héritages, colonial occidental autant que communiste sous Nasser, de la corruption, de la religion, du poids des traditions les plus rétrogrades, du déchirement des êtres entre poids du passé et désir d'avenir, si j'ose dire.
 
Il est par ailleurs vraiment beaucoup question de sexualité, les rapports que chacun des personnages entretiennent avec la leur expliquant beaucoup d'eux-même et de leur rapport au monde: liberté voire libertinage, mensonge, lâcheté, hypocrisie, prostitution (réelle, symbolique, licite mais effective), frustration, violence ou épanouissement; le tout avec un peu d'homosexualité, de pudeur, de viols, de glorification du plaisir simple, de pédophilie, de mariages arrangés, de tabous. 


Quoiqu'il advienne pour chacun des habitants, hommes, femmes, vieux, jeunes, pauvres, riches, seuls ou en famille, personne ne sort indemne de cette tranche d'observation, car l'hypocrisie règne à tous les étages de l'immeuble Yacoubian (et dans la société égyptienne); ça donne moyen envie de visiter les pyramides, mais je conseille cette lecture.

Il existe une adaptation cinématographique (un film, quoi) qui avait fait scandale à sa sortie en Egypte, je vais demander à un musulman avec qui j'entretiens une sexualité positive, épanouie et libérée de toute entrave religieuse de le télécharger illégalement un de ces jours.

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L'immeuble Yacoubian, Alla El Aswany (2004), Babel (Actes Sud), 8,50€.

Le film (pas encore vu), L'immeuble Yacoubian, un drame égyptien de Marwan Hamed.