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samedi

A rebours, J.K. Huysmans

Comme j'ai pu le raconter ailleurs, j'attendais beaucoup de la lecture ce roman important dans l'histoire de la littérature. 
Ce roman incarnait à lui seul un signe mystique que ma vie devait se passer là où je l'avais trouvé: à Rome, ma plus belle ville du monde. 
Mais en fait j'ai détesté! C'est ballot!





Des Esseintes, le héros, ne fiche rien, n'attend rien, à part décorer la carapace d'une tortue de mille pierreries jusqu'à ce qu'elle en périsse sous le poids, ou mettre des dizaines de pages à choisir les accords de teintes de son nouveau papier peint, ou créer des symphonies d'odeurs (il faudra le lire pour comprendre ce que ça signifie- quoique ça ne signifie rien d'autre que ça, vous voyez le genre!), ou des bouquets, ou s'affairer à des lectures médiévales pointues, ou à des collections d'oeuvres d'art entre El Greco et Gustave Moreau (tout ce que je déteste, comme quoi il y a une cohérence d'incompréhensibilité entre Des Esseintes et moi).





Il s'ennuie, nous ennuie et cela résume tout ce que l'auteur veut nous dire sur la vacuité de la vie, ce que je lui accorde par ailleurs bien volontiers.


A noter que le héros semble s'inspirer dans une très large mesure de la vie et l'oeuvre de Robert de Montesquiou (le Charlus de Proust), un célèbre dandy (le dandy). Un professeur de beauté, d'après Proust. Voilà voilà.



***

A rebours, J. K. Huysmans (1884).

D'autres romans ou auteurs contemporains ou affiliés à Huysmans que je déteste? Salammbô, de Flaubert (1862). Léon Bloy (bien costaud dans son genre). Villiers de L'Isle-Adam. Chateaubriand.

D'autres romans ou auteurs contemporains ou affiliés à Huysmans que j'adore? Zola. Oscar Wilde. Flaubert.

jeudi

Les Forestiers, Thomas Hardy


Quand je lis "Les Forestiers", une chronique sociale et comme son nom l'indique, sylvestre, d'un patelin perdu au milieu des bois, je ris souvent des métaphores sexuelles balourdes et éculées (mais peut-être Thomas Hardy en est-il lui-même à l'origine avec ce roman pourtant méconnu?) tournant sans finesse autour des sous-bois qu'on farfouille, des tapis de mousse humides, des jeunes branches tendues comme des arcs et de la sève qui jaillit.



Tout y est: Grace, la jeune fille élevée au-dessus de sa condition; Mrs Charmond, la bourgeoise trentenaire ancienne coquette; Mr Fitzpiers, le jeune médecin cruel et séducteur; Melbury, le vieux père qui a tout sacrifié et surtout, surtout, Giles Winterborne, l'homme des bois. Ambiance victorienne, corsetée et pleine de convenances et d'inconvenances.

Par ailleurs et surtout, le roman est traversé de part en part d'un nombre considérablement affreux de tragédies et autres destins contrariés, hasards malheureux, mauvais choix, mensonges, aveuglement, décisions désastreuses...

Le roman s'ouvre et se ferme sur un personnage "secondaire" mais dont la présence, l'honnêteté, la sagesse, l'humilité et l'amour tu écrasent tous les autres personnages qui pêchent par orgueil ou gourmandise et qui finiront mal.

Un roman ni franchement optimiste ni guilleret, en somme.

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Les Forestiers, Thomas Hardy (1887).

Un autre roman, contemporain d'ailleurs quoique français, composé d'une succession de désastres? je pense à La joie de vivre, d'Emile Zola (1884).

Un autre roman anglais tapi dans la mousse assortis d'étreintes dans la terre en dépit des convenances? L'amant de Lady Chatterley, D. H. Lawrence (1928)! A compléter avec le visionnage du film de Pascale Ferran (2006), notant au passage une superbe scène de fontaine qui explose à un moment fatidique, pour filer l'idée de la métaphore sus-citée.

Disons que la métaphore est un procédé qu'il appartient à chacun d'apprécier, mais malgré tout, point trop n'en faut, c'est vite ridicule.


Trois hommes dans un bateau (sans parler du chien!), J.K. Jerome

Voilà un petit ouvrage fort distrayant découvert au détour d'une page d'un numéro hors-série du Point consacré à l'esprit anglais, étant entendu qu'en dehors d'un sujet pareil il ne m'arrive strictement jamais d'acheter le Point, que les choses soient clairement posées comme de bien entendu.


D'après l'interminable préface, Jerome K. Jerome, un nom somme toute révélateur, n'eut pas le succès d'estime que sa popularité aurait pu lui laisser espérer. Admettons qu'on est loin du chef d'oeuvre et de l'aisance humoristique et légère de P.G. Wodehouse ou d'Evelyn Waugh, mais ça se laisse déguster joyeusement avec un Tonic bien frappé.

Ca se passe dans la petite bourgeoisie londonienne, celles de petits employés, doux inconséquents, célibataires encore mais joyeusement séducteurs à l'occasion; noyés dans l'absurde et le non-sens du début à la fin, ces jeunes hommes passent une semaine de vacances à canoter sur la Tamise, vacances somme toute plus dévastatrices pour les personnes qu'ils croisent que pour le lecteur (sans parler du chien).

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Trois hommes dans un bateau (sans parler du chien!), Jerome K. Jerome (1889).

D'autres romans britanniques et drôles? il suffit de demander, j'aspire à devenir une spécialiste! Aujourd'hui, je conseillerai simplement Grandeur et décadence, d'Evelyn Waugh et n'importe quel Jeeves de P.G. Wodehouse, mais j'en reparlerai.


vendredi

Oscar Wilde, Arthur Conan Doyle: romans croisés



Récemment, deux lectures m'ont fait par hasard croiser Conan Doyle et Oscar Wilde.


Le premier roman, Arthur & Georges, de Julian Barnes, présente une biographie romancée de Sir Arthur Conan Doyle, célèbre créateur de Sherlock Holmes, croisée avec un célèbre fait divers britannique autour d'un personnage relativement sot et antipathique quoiqu'innocent, George Eladji.
Le roman peut paraître un peu inégal, puisque face au héros malheureux, poursuivi, victime de racisme, naïf et pas très éveillé, on est transporté d'allégresse et d'admiration pour la personnalité extraordinaire de Doyle, un homme honnête, intègre, droit, doué, aux multiples
facettes (médecin, auteur célèbre, sportif de haut niveau), curieux de tout...
Evidemment, l'opposition de ces deux personnalités est nécessaire à l'intrigue et au projet d'innocenter cet imbécile de George, mais comme le style suit, les chapitres concentrés sur ce dernier (c'est chacun son tour) ont du mal à décoller, ça finit par être lassant, d'autant que toute la fin du roman évoque la passion pour le spiritisme de Conan Doyle, et comme on ne marche pas une seule seconde, on s'écarte vraiment du polar haletant promis au départ.

Cela étant, une belle découverte, donnant l'envie de découvrir un peu mieux Sherlock Holmes!

Et par le plus grand hasard, annonçais-je, j'ai retrouvé Conan Doyle en tant que personnage de roman dans un polar assumé cette fois, acquis pour passer l'été dans la plus grande tradition, dont le détective n'est autre qu'Oscar Wilde, plus célèbre pour son dandysme et son procès en "grave indécence" que pour ses quelques romans, contes et nouvelles, qui gagneraient à être plus lues.
L'auteur, Gyles Brandreth (une sorte de people VIP anglais d'après ce que j'ai compris de la notice bio?) réussit un bel exercice de synthèse biographique et de récupération spirituelle, du coup le roman, à l'intrig
ue pas folichonne, se laisse lire avec beaucoup de plaisir, puisque les bons mots à la manière de (voire de tout court) Wilde égayent franchement le récit. Nombre de personnages ont vraiment existé, dont Doyle, sa femme, le narrateur Robert Sherard, ainsi que la plupart des lieux ou anecdotes évoquées, ce qui rend le tout beaucoup plus intéressant que je ne le craignais. J'attends la suite!


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Arthur & Georges, un roman de Julian Barnes, 2005 (Mercure de France, Folio).

Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles, un roman policier de Gyles Brandreth, 2007 (10/18 coll Grands Détectives).

Plus qu'un héros de roman fidèle et spirite, l'auteur Sir Arthur Conan Doyle: les aventures de Sherlock Holmes.

Plus qu'un détective amateur, goinfre et dépensier, l'auteur Oscar Wilde: Le portrait de Dorian Gray, Le crime de Lord Arthur Savile...

Pour retrouver le médecin qui inspira le créateur de Sherlock Holmes: Professeur Bell, une série BD de Joan Sfar!

jeudi

Vacances de printemps, Lewis Trondheim

Une nouvelle aventure de Lapinot, avec ses deux inséparables acolytes et la souris qu'il cherche désespérément à se faire d'un album à l'autre.
Pour les gens qui méprisent la bande dessinée en tant que genre littéraire de bas étage, il n'y a plus rien à faire, à part porter des tuniques ethniques, boire du thé fumé, et se limer les ongles des pieds.
Pour les gens civilisés qui aiment le vin rouge, les déclinaisons de ballerines, et manger des raisins secs au cinéma, Lewis Trondheim n'est rien de moins qu'un génie. 

Cette aventure se passe, disons, du temps de Jane Austen, dans le pays de Jane Austen, avec des gens un peu plus fortunés que chez Jane Austen, dont la plupart des héroïnes peinent un peu, à vrai dire. 

Cette précision nécessaire éclaire le concept des Formidables aventures de Lapinot. Sachez en effet que les épisodes précédents se passaient:
  • à Chamonix pendant les sports d'hiver, entre Clo-Clo en boîte de nuit et gueules de bois au vin chaud (ça c'était le zéroième tome, pour vous donner une idée);
  • dans le Far-West américain, avec saloon, filles de joie en petite dentelle, shérif corrompu, suffragettes et chercheurs d'or;
  • à Paris, avec des trentenaires d'aujourd'hui, vivant chômage et célibat, et tiraillés entre réussite sociale et concessions ou fidélité aux idéaux de jeunesse dans une société aseptisée, voyeuriste, politiquement correcte et hypocrite;
  • dans le Paris d'Eugène Sue et d'Adèle Blanc-Sec, enquêtes de policiers patibulaires, savants fous et créatures mystérieuses.

Le tout pétri de bons mots, d'astuces, de dessins léchés, de fils conducteurs d'un épisode à l'autre, d'amour et d'amitié.

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Vacances de Printemps, tome 5 des Formidables aventures de Lapinot, Lewis Trondheim (et Frank Le Gall pour cet épisode), Poisson Pilote, Dargaud (2001); 9€ (au moins).

D'autres histoires d'amour  se passant dans la campagne anglaise du siècle dernier: Orgueil et Préjugés, Jane Austen; Hurlevent, Emily Brontë; Lady Chatterley, D.H. Lawrence.






vendredi

Oblomov, Gontcharov

Bien russe et bien moderne. J'en ai lu de longs passages à Y. qui a beaucoup ri (mais c'est que je lis bien, aussi). 
L'étrange étant de se retrouver par moment dans ce personnage quelque peu monstrueux, Oblomov, qui vit couché, les yeux pleins d'orgelets, et qui peine à sortir de son lit. Evidemment une jeune et pimpante Olga tentera de le sauver de sa robe de chambre à la japonaise, ainsi qu'un ami efficace, actif et ordonné (il est allemand!).


Tout ce que j'adore dans la littérature russe se retrouve ici, les tourments de l'esprit, la dépression des belles âmes, les vilains petits tâcherons de bureaux vulgaires, la vodka maison, les jeunes filles aux mains d'enfant pianotant, les nobles conversations en français, la Néva prise dans les glaces, les starostes incompétents, la corruption et l'arnaque, le valet indigne (ce Zakhar marquera mon esprit pour un moment).

Je ne sais pas mettre de photo ici, alors ce message ne contient pas d'illustre illustration; c'est dommage, mais quoi? Ah eh bien finalement si!