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samedi

Le facteur sonne toujours deux fois, James Cain

Californie, années 30. Frank Chambers vagabonde, traverse le pays en prenant le train en douce, ne fait rien de ses dix doigts sinon se battre à l'occasion. Un beau jour, il déjeune sans intention de payer dans un boui-boui de bord de route aux portes de Los Angeles, et le patron, un gros grec qui aurait mieux fait de pas se lever ce matin-là, lui propose un boulot et un toit. Frank s'apprete à refuser, mais en apercevant la femme du grec, la belle Cora qui trime en cuisine, il finit par accepter la proposition.

Suivront beaucoup de sexe, d'alcool, de craquements d'os et de sang, sans un mot de trop.



Un roman noir, dense, violent et époustouflant. Je l'ai lu en une matinée, avec quelques pauses pour me remettre et éviter de vomir dans le salon.


***

Le facteur sonne toujours deux fois, James Cain (1934).

Deux adaptations cinématographiques: une datant de 1946 avec Lana Turner et l'autre de 1981 avec Jessica Lange et Jack Nicholson.


D'autres romans sombres et tragiques avec un meurtre si simple qui s'avère n'être que le début d'effroyables ennuis intérieurs? Thérèse Raquin, d'Emile Zola (1867) et bien entendu Crime et châtiment, de Dostoïevski(1866)!


Un autre film dans la même veine? Les Diaboliques, d'Henri-Georges Clouzot(1955)!


dimanche

Challenge Woody Allen#3 Love and Death

Avec Mario Poppins*, mon époux noces de cuir, nous avons décidé de regarder une dernière fois notre collection de Woody Allen avant d'enfermer nos DVD pour un nombre d'années indéterminé. Notes ex abrupto.



Love and Death *****
(Guerre et Amour)

(1975) avec Diane Keaton et Woody Allen. 
Comédie historico-littéraire.

Russie, début XIXème siècle.
En pleines guerres napoléoniennes, Boris, un jeune poète couard et bavard (Woody Allen), obsédé par le sexe, l'existence (ou non) de Dieu et ce qui se passe lorsqu'on décède, est amoureux de la belle Sonja (Diane Keaton). 

Un grand nombre de péripéties à la russe (le film est une adaptation libre de Guerre et Paix) l'amènent entre autres à combattre en duel pour les beaux attraits d'une comtesse, épouser sa cousine, manger de la neige, tenter d'assassiner Napoléon, et finalement mourir.


Love and Death est une comédie intelligente et cultivée (le pastiche de Bergman, les discours impromptus à la Tolstoï sur la nature ou le dialogue dostoïevskien sont à pleurer), comme d'habitude, mais aussi d'un niveau de drôlerie rarement atteint.

lundi

Vie et mort d'Emile Ajar, Romain Gary

J'adore les gens drôles et désespérés, et Romain Gary, justement, il est drôle et désespéré. Et les quarante pages de cet opuscule à la publication posthume, elles sont drôles et désespérées.


Il ne s'agit pas de redondance, mais de cohérence!


***

Vie et mort d'Emile Ajar, Romain Gary (1981).

Une citation liminaire? "De ce que la littérature se crut et se voulut être pendant si longtemps -une contribution à l'épanouissement de l'homme et à son progrès- il ne reste même plus l'illusion lyrique." 

Une citation sibylline pour les néophytes? "Je m'attache très facilement."



3.1

Bon demain c'est mon anniversaire, et je deviens vieille pour de bon, alors pour l'occasion, j'ai trouvé un colis amazon.de, commandé par un type sublime, qui nous connait bien (moi et mon amour des virgules ou parenthèses):

Vie et mort d'Emile Ajar, de Romain Gary

Les Oeuvres complètes (romans, nouvelles, essais, correspondance) de Flannery O'Connor

Enquête sur Hamlet, le dialogue de sourds, de Pierre Bayard




Je me désole de ne pas être une personne d'apparence très reconnaissante ou chaleureuse, mais je sais bien où je suis et grâce à qui.

mardi

Quartier lointain, Jirô Taniguchi

Pragmatique et athée, profondément rétive à toute forme de charlatanisme et allergique à la science-fiction, je suis.

Mais y a quand même un truc qui me fascine, m'émerveille, m'éblouit, m'a souvent empêché de dormir et me fait courir à tous les coups: les voyages dans le temps.



Hiroshi est un type qui a vraiment trop de chance: à la faveur d'une erreur de correspondance un jour de gueule de bois, il se retrouve dans un train qui l'emmène à ses dix ans.

...

!

***
Quartier lointain, de Jirô Taniguchi, 1998 (Casterman).

Les meilleurs films bousculant les conventions temporelles? Retour vers le futur 1 & 2, de Robert Zemeckis! Mon préféré restant le premier, et le troisième n'ayant aucun intérêt.

La meilleure série de tous les temps passés? Code Quantum! (mention spéciale quand même à Docteur Who, super aussi mais moins, et Demain à la une).

lundi

Love Song, Shainee Gabel

Voici un film méconnu mais d'un charme fou.
D'ailleurs il est temps d'avouer que je considère John Travolta comme le meilleur acteur du monde.



Il y a une maison ratatinée en Louisiane, remplie de bouteilles vides et de vieux bouquins; un ancien prof de littérature usé et alcoolique, qui a transformé un jeune écrivain fringant en ancien prof de littérature usé et alcoolique; une jeune fille très en colère et jolie comme un coeur; beaucoup de sentiments charmants et fatigués; de la guitare, de l'harmonica, avec un bruit de grillons entêtant; un mélange de clochards célestes et de ratés magnifiques. De la torpeur moite.

Un vrai bijou!



***
Love Song; a love song for Bobby Long, un film de Shainee Gabel (2004).

Un autre film avec un écrivain alcoolisé mais plein d'amour: Bukowski, un doc américain de John Dullaghan (2005).

Une autre histoire de fainéants qui se passe à la Nouvelle Orléans: La conjuration des imbéciles, un roman humoristique mais sombre de John Kennedy Toole (publié en 1980).





mercredi

Tours et détours de la vilaine fille, Mario Vargas Llosa

Comme ce roman m'a proprement retournée, il m'est à la fois aisé et délicat d'en parler.Disons que nous sommes là entre saga romanesque, science fiction, cucuteries de l'amour, et observations sociologiques et politiques, via Paris, Londres, Tokyo, Madrid, des années 60 à fin 90. 
Un peu (beaucoup) de sexe, de littérature, de réflexions sur le sens de la vie, la rigueur, l'honnêteté (où ça commence, où ça finit), la fidélité (amicale, amoureuse), et bien sûr le rapport à son pays, le fuir, le renier, le regretter, le défendre.


Une sorte de roman génial, lointainement apparenté à Philip Roth et même mâtiné d'un peu de Paul Auster, sauce péruvienne. Un grand roman Vargas Llosesque, plein donc de ses thèmes de prédilection, d'un style limpide et drôle, envoûtant et poétique, je regrette évidemment de ne pas lire l'espagnol.

***

Tours et détours de la vilaine fille, Mario Vargas Llosa, Gallimard, Folio, 2006.

D'autres chefs d'oeuvre péruviens de Mario Vargas Llosa: La fête au bouc, La tante Julia et le scribouillard, La ville et les chiens, Qui a tué Palomino Molero?

jeudi

J'ai épousé un communiste, Philip Roth

Comme d'habitude avec ce prolifique auteur américain, j'ai adoré, et je conseille grandement la lecture de ce roman à toute personne normalement constituée, aimant la grande histoire mêlée à la petite (mon dada, je le concède).
Style impeccable, intelligent, passionnant.
Les thèmes abordés: la politique au début du McCarthysme, la chasse aux sorcières, le miroir aux alouettes du communisme d'avant la déstalinisation, mais pas uniquement; j'ai beaucoup apprécié la relation du jeune homme en devenir face à la découverte du père spirituel, choisi, admiré, et pas imposé comme le père naturel (rejeté pour être mieux compris- plus tard), puis son désaveu (avant l'élection d'un nouveau modèle, etc). C'est en fait le récit de la constitution d'une personnalité adulte (et d'écrivain, par ailleurs), vue et comprise par le jeune homme lui-même avec le recul de plus de quarante ans.

Ajoutons à cela les différents points de vue, l'art et la manière dont l'auteur montre que chaque événement a été vécu différemment selon les personnages (le héros, son meilleur ami, son frère, sa femme, sa belle-fille, son fils spirituel, sa maîtresse, sa belle-soeur...), en rapport avec leur âge, leur personnalité, leur connaissance de détails ou de scènes inconnus des autres, leur capacité d'analyse. J'ai trouvé ça très bien foutu.
Plus convenu: la culpabilité, les tensions familiales, la sensibilité, l'amitié, le positionnement et les choix de vie politiques, la littérature comme béquille, l'incompréhension systématique entre parents qui veulent bien faire et enfants sourds (oui, bon, ça, je suis encore trop jeune pour apprécier la sans doute juste valeur de cet aspect-là du roman), la longueur d'une vie, la difficulté de rester soi (quand on s'est trouvé), et honnête avec ses choix; du Philip Roth, quoi (ce n'est pas une critique négative).

Voilà un excellent roman avec des trucs qui se passent dedans, ouah!



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J'ai épousé un communiste, Philip Roth, Gallimard, Folio, 1998.

Dans cet excellent roman, Philip Roth cite quelques auteurs à lire de toute évidence: Arthur Miller, Hemingway, Tom Wolfe et John Dos Passos.