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dimanche

Le facteur humain, Graham Greene

Londres, fin des années 70. 


Dans les locaux secrets de la Boîte (le MI-6 ou 5? ou 7? je ne sais plus mais bon, en gros, chez les espions de l'étranger), Castle et Davis s'ennuient un peu entre deux rapports de leurs correspondants en Afrique.

Maurice Castle a 62 ans, il est las de ce boulot et préfèrerait profiter d'une vie moins secrète auprès de sa femme Sarah, une jeune noire rencontrée en Afrique du Sud lors d'une mission sept ans auparavant, et de leur fils Sam.

Arthur Davis est encore jeune, pressé d'en découdre sur le sol africain, et en attendant d'avoir une vie plus trépidante, il joue aux courses, roule en Jaguar, boit beaucoup et drague Cynthia, sa secrétaire.

Ces deux personnages vont être les principaux objets d'une enquête interne autour d'une fuite supposée, dirigée par le Docteur Percival, un gros connard froid comme un poisson, Daintry, un type honnête et droit, et John Hargreaves alias "C", le patron de la Boîte. 



Le tout sur fond d'idéologies radicales dans un monde encore si proche où les divergences politiques creusaient des tranchées (et des tombes): guerre froide, Apartheid, colonisation, communisme, patriotisme, tout y passe.
Comme toujours chez Graham Greene, l'honnêteté, envers soi ou les autres, la droiture, le bon fond, ne sont pas des choses simples et carrées. 
Les âmes sont souvent torturées; si elles ne le sont pas encore, c'est sans doute pour bientôt. C'est le facteur humain.

***

Le facteur humain, Graham Greene (1978). (en VO: The Human Factor)

Un autre roman trépident avec le mot "facteur" dans le titre? Le facteur sonne toujours deux fois, de James Cain!

Mon premier Graham Greene: Le troisième homme, en quatrième: mon premier "livre de grands": une révélation!


Station balnéaire, Christian Giudicelli

De Paris à La Grande Motte, vers 1985.

La baronne, une vielle fille minable qui passe sa journée à rêver des délires sado-maso, en adoration secrète devant José, le petit portugais qui sert d'homme à tout faire dans l'hôtel dont elle est gérante.

Marie, une femme de chambre insignifiante et insipide raide dingue de José, son collègue mutique à l'hôtel.

Le père de Marie, alcoolique aux abois, qui compte sur sa nunuche de fille (dont il a oublié le nom) pour survivre jour après jour.

Jacques, un écrivain homosexuel qui utilise deux fois par semaine un petit tapineur répondant au doux nom de José, à des fins sexuelles et littéraires.

José, un sacré petit con.

Tout ça finit mal pour tout le monde (sauf pour l'écrivain qui, on le devine, finira par trouver l'inspiration dans cet ensemble sordide).




Attention roman français typique: autofiction assumée, astuces bidons dans la narration et une fin qui se devine à la page 2, mais ça se laisse lire malgré tout.


***

Station balnéaire, Christian Giudicelli (1986).

D'autres Prix Renaudot (Station Balnéaire l'a reçu en 1986 et Giudicelli fait partie du jury aujourd'hui) que j'ai lu: Les Choses de Georges Pérec (1965), et Chagrin d'école de Daniel Pennac (2007). Ouh c'est pas beaucoup, on dirait bien que les écrivains français c'est pas mon truc!


Un autre roman avec un jeune loser paumé qui ne peut pas s'empêcher d'entraîner les autres dans sa chute? Le Rocher de Brighton, de Graham Greene (1938).



mardi

Challenge Woody Allen#1 September & Shadows and Fog


Avec Mario Poppins*, mon époux noces de cuir, nous avons décidé de regarder une dernière fois notre collection de Woody Allen avant d'enfermer nos DVD pour un nombre d'années indéterminé. Notes ex abrupto.


September **

(1987) avec Mia Farrow et Dianne West. 
Comédie triste.


Ambiance Bergman, huis clos dans une maison du Vermont, Lane (Mia Farrow) est déprimée, s'habille comme un sac et n'a pas vu de peigne depuis un moment.
Elle est aimée secrètement par un vieux voisin veuf, mais amoureuse d'un jeune écrivain qu'elle héberge pour l'été, lui-même attiré par la meilleure amie (Dianne West) de Lane, de passage pour oublier mari et enfants.

L'été finirait comme il semble s'être déroulé (comprendre: sans baiser) sans l'arrivée de la mère impétueuse de Lane, bourrasque futile aux éclats de voix assourdissants, ancienne pin-up aux choix de vie délicats, au penchant net et sans détour pour la vodka.

A la faveur d'une tempête, tout s'emmêle, se démêle, quelques aveux et beaucoup de cris, avant les valises.



Shadows and Fog ****
Ombres et brouillard


(1992) avec Woody Allen, Mia Farrow, John Malkovitch, John Cusak et apparitions de Jodie Foster, Katie Bates et Madonna. 
Comédie.



Ambiance Murnau / Kafka / Freaks, film en noir et blanc.

Dans une ville d'Europe centrale, sévit un étrangleur. Kleinman ("petit homme" en allemand) (Woody Allen), un employé de bureau nerveux et un peu couard, est réveillé en pleine nuit pour participer à une battue de citoyens afin de retrouver l'étrangleur.
Il ne sait pas ce qu'il est sensé faire alors que tout le monde a l'air de penser qu'il sait (comme dans Le Procès, Kafka), et tout un tas de quiproquos et de malentendus découlent de cette incompréhension/inadaptation.
Tout au long du film qui se déroule sur une nuit pleine d'ombres et de brouillard, cachant les visages, intensifiant les bruits, déformant les silhouettes, il va se trouver poursuivi, arrêté, licencié, soupçonné, agressé, menacé...

Il croise plusieurs personnes durant cette étrange nuit, dont une avaleuse de sabres qui ne paie pas de mine (Mia Farrow), mais qui va se révéler forte et déterminée (like a jungle cat), l'aidant lui-même à trouver du courage, mais aussi à fuir (courage fuyons) dans un nouveau monde de magie et d'illusions.


lundi

Vie et mort d'Emile Ajar, Romain Gary

J'adore les gens drôles et désespérés, et Romain Gary, justement, il est drôle et désespéré. Et les quarante pages de cet opuscule à la publication posthume, elles sont drôles et désespérées.


Il ne s'agit pas de redondance, mais de cohérence!


***

Vie et mort d'Emile Ajar, Romain Gary (1981).

Une citation liminaire? "De ce que la littérature se crut et se voulut être pendant si longtemps -une contribution à l'épanouissement de l'homme et à son progrès- il ne reste même plus l'illusion lyrique." 

Une citation sibylline pour les néophytes? "Je m'attache très facilement."



mardi

D'autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère

Décrire ce livre demande un effort un peu particulier puisqu'il se disperse autant qu'il se concentre.


De mon point de vue, et malgré le titre, il s'agit du récit de l'apprentissage de la modestie et de l'humilité d'Emmanuel Carrère. C'est à la fois heureux et dur. Il raconte comment on (comment il) peut trouver un sens du bonheur malgré la douleur. 


Cela passe par la fidèle relation de différentes discussions ou situations dramatiques qu'il a pu observer, au Sri Lanka d'abord,  pendant le tristement célèbre Noël 2004 et le tsunami qui a ravagé une partie des côtes de la Thaïlande, de l'Indonésie, de l'Inde et donc du Sri Lanka; en France, à partir du printemps suivant, à l'occasion de la mort de la soeur de sa compagne. 


A partir de deux drames, la mort d'une petite fille et celle d'une jeune femme mère de trois enfants, ce sont des histoires d'amour, d'amitié, de maladies, de familles, de conflits, de silences,  de discussions, d'incompréhensions, de luttes, de courage, d'injustice (l'injustice du hasard de l'accident, qui tue ou ne tue pas) et de justice (une grande partie du livre est consacrée au travail de la jeune femme décédée qui était  juge d'instance), qu'il égrène et qui le font lui-même avancer. 






L'auteur du début du livre peut se montrer très snob et hautain au point de parler de "dégoût" quand il entend quelqu'un de plus de six ans utiliser le mot "maman" autrement qu'au vocatif (notamment Ségolène Royal). Je pense que l'auteur de la fin du livre peut se montrer moins intransigeant quant à l'usage tout personnel de la syntaxe de la plupart de ses contemporains (peut-être pas pour Ségolène Royal).


Petit à petit, il apprend à regarder les autres, à les écouter, à respecter leurs choix ou leurs positions même s'ils lui restent incompréhensibles, à aimer la modestie des gens qu'il rencontre. Il se surprend même à vider le coffre des courses et mettre la machine à laver la vaisselle en route, et a priori cet épisode ménager l'a marqué. 


Il apprend à s'oublier un peu, ce qui lui sauve la vie.


Enfin, la langue est belle, les mots justes et l'entreprise certainement honnête, parce que malgré le sujet terriblement tire-larmes, je n'ai que fort peu pleuré (Emmanuel Carrère trouverait ça très petit fonctionnaire et deuxième classe comme réaction, mais bon, on ne se refait pas).


EDIT: mon compagnon de vie dit que je suis vraiment pathétique et que je suis qu'une sociale-traître à me laisser avoir par un bourgeois qui ne cherche qu'à se faire plus de fric et de notoriété sur le dos des souffrances d'autres bourgeois comme lui ou des naïfs comme moi. Il m'a un peu convaincue, je dois dire.





***

D'autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère (2009).

Lectures conseillées pendant le récit? Mars, de Fritz Zorn et Le Livre de Pierre, de Louise Lambrichs.


D'autres écrits d'Emmanuel Carrère que j'ai envie de lire? L'adversaire et Un roman russe.


Un film d'Emmanuel Carrère dont j'ai tellement soupé de la bande-annonce au cinéma que j'ai décidé de ne JAMAIS le voir: La moustache, avec Vincent Lindon et Emmanuelle Devos (2005).


samedi

Dans les bois éternels, Fred Vargas

J'aime bien les polars de Fred Vargas, parce que les personnages sont attachants, les histoires surréalistes, et puis qu'on y apprend des tas de trucs sur l'archéologie, la botanique et le moyen-âge, en revanche strictement rien sur le fonctionnement de la justice ou de la police, ce qui me convient bien parce que je m'en contrefiche. Je me fiche aussi de la botanique mais bon.


Surtout, j'associe ses romans à des moments vraiment particuliers. 


Des souvenirs de plage ensoleillée avec un mec vraiment sublime qui s'occupe des enfants pour que je lise tranquillement pendant toute la journée, de concours ratés et de dépression au fond du lit pendant toute la journée, et pour cette fois, une longue journée à patienter au rayon chirurgie pédiatrique (je sais qu'on ne dit pas "rayon" mais "service", simplement l'astuce m'amuse) (il m'en faut peu, mais c'est une grande qualité je trouve).


Quand les infirmières ont emmené ma joyeuse enfant au bloc (rien de grave), je suis descendue à la cafétéria de l'hôpital parce que j'étais moi aussi à jeun par solidarité. C'est seulement là-bas que je me suis aperçue de l'oubli de mon bouquin dans la chambre, et comme au rayon pédiatrique c'est toute une histoire de se faire ouvrir les portes, j'ai pas pris la peine d'aller le récupérer. 
Alors j'ai hésité entre Voici (apparemment Charlotte Gainsbourg veut recoller les morceaux avec Yvan Attal) et un bouquin, hésitation étayée par le fait qu'il n'y avait de visu que du Gavalda (culcul-la-praline) ou des SAS (porno-macho) sur le présentoir de romans. 
Heureusement il y avait aussi des Fred Vargas (pour les gens entre-deux), dont un que j'avais pas encore lu, mais du coup je sais pas s'ils s'étaient déjà séparés ou quoi (Charlotte et Yvan). 




En ce qui concerne le roman, eh bien, il était super (ça c'est ce que j'appelle une critique constructive et développée).

Surtout que j'ai deviné rapidement qui était le (ou la? hmmm) meurtrier relativement tôt, alors ça a flatté mon ego de détective amateur. 
Remarque à mon avis c'était peut-être bien fait exprès qu'on devine vite, pour se sentir supérieur à Adamsberg et toute sa clique d'agents super compétents dans des tas de trucs autres que la justice, genre la nourriture, les connaissances livresques pointues, la zoologie, le calcul mental...

J'ai appris des choses essentielles sur les os mystérieux (dans les groins de porc, les zizis de chat -de carnivores en général-  et les coeurs de cerf; ça peut toujours faire son petit effet de savoir ça).

Note négative: sur une équipe de 27 policiers parisiens, pas un arabe, pas un noir, pas un chinois, et que deux femmes (dont une tellement grosse que tout le monde la prend pour une pucelle de 35 ans parce que qui voudrait dépuceler une grosse?), ça m'a paru un peu médiéval tout ça!

***

Dans les bois éternels, Fred Vargas (2006).

D'autres romans policiers un peu médiévaux? ceux de C.L. Grace (héroïne: Kathryn Swinbrooke, une sorte de femme médecin de Cantorbery, intrigues médicales et sociales) ou Paul C. Doherty (héros: Hugh Corbett, clerc du royaume, intrigues politiques) (c'est le même auteur sous deux noms différents), édités dans la collection Grands Détectives de 10/18.

Adamsberg adapté au cinéma ou à la télé? Fuyez José Garcia (non mais quelle idée, c'est n'importe quoi) et préférez Jean-Hugues Anglade (moins n'importe quoi, mais enfin pas le Pérou non plus).

jeudi

Truffaut/Godard

Accordez-moi cette valse, Zelda Fitzgerald

Plusieurs problèmes de taille se sont posés à moi à la lecture de ce "roman", sorte de préfiguration de l'auto-fiction à clés (recherche Francis, recherche Ernest...).






D'une part, j'ai toujours détesté son mari, Francis Scott Fitzgerald; étant donné qu'elle aussi, je pensais que ça nous ferait un point d'entente mais en fait non.

D'autre part, elle souffrait de troubles psychiatriques importants (en tout cas elle a passé du temps en HP, où elle mourût d'ailleurs dans des conditions horribles) (dans un incendie pour tout dire, un truc affreux), et à l'époque où elle rédige ce texte, elle est déjà internée, ce qui doit expliquer ce nombre ahurissant et le style complètement halluciné de ses métaphores. Du jamais vu, on croirait lire des poèmes écrits en mode automatique par un lycéen sous acide. A un moment, ça s'arrête et on reprend le fil, David (Francis) est égoïste et mesquin, Hataway (Hemingway) un connard fini, etc.


Enfin, il semblerait que Francis (l'égoïste mesquin) ait outrageusement tronçonné dans les écrits de Zelda (le manuscrit original, son journal, ses nouvelles) et pillé la plupart des bons passages pour étayer ses propres textes. Comme quoi j'avais raison de le détester.

Cela étant, je conseille la lecture pour toutes les femmes qui s'imaginent pouvoir devenir ballerine à vingt-cinq ans passés (ce qui réunira bien peu de personnes, je le crains).




***

Accordez-moi cette valse, Zelda Fitzgerald (1932).

Un autre roman également sur le même sujet écrit de l'autre point de vueTendre est la nuit, de Francis Scott Fitzgerald (1934), mari de Zelda.


Un autre roman écrit par Gilles Leroy sur le même sujetAlabama Song, prix Goncourt 2007 qui plus est. 
Comme je l'avais déjà lu dans un moment de curiosité mondaine, je connaissais déjà toute l'histoire de la vie  de Zelda, d'autant que le dit Gilles s'est contenté de tout recopier en virant les métaphores (du coup j'ai préféré, mais ça m'embête, pour des causes de propriété intellectuelle).


Le film: Tender is the night, Henry King (1962).

vendredi

Je, François Villon et Le Montespan, Jean Teulé

Un court message pour dire à ma mère que je ne lirai plus jamais les saletés dont elle se débarrasse honteusement en exploitant mon temps de cerveau disponible.
Jean Teulé, je me souvenais de lui dans une émission de télé qui passait sur FR3, L'assiette anglaise, avec Bernard Rapp, le tout estampillé années 80, comme le temps passe. (mais j'avais six ans) (je jouis d'une mémoire exceptionnelle)


Je continue à gâcher mon temps de cerveau pour lui, mais j'ai pas grand chose de mieux à faire ce matin.




Le pire de ces deux romans,  Le Montespan, associe un style grotesque à une inculture crasse. ("très cher, vous n'allez pas vous battre en duel alors que notre roi ensoleillé Louis XIV les a interdit par décret depuis 1626!")


Le moins pire, Je, François Villon, ne mérite pourtant pas de quitter le moindre quai de gare, de toute façon vous aurez fini de le lire avant que le train arrive.


Si vous avez le goût de la langue et un microscopique sens de l'Histoire, fuyez.


Le plus choquant étant les illustrations (!) au cas où on le lecteur avide de culture ne saurait pas à quoi ressemble une gargouille ou une poule versaillaise.






***

Je, François Villon, Jean Teulé (2006).

Le Montespan, Jean Teulé (2008).

Un film bien nul aussi écrit par Jean TeuléDarling, de Christine Carrière, avec Marina Foïs et Guillaume Canet, à fuir avec autant d'empressement que les livres précédemment cités. A ma décharge, je faisais du repassage le jour où j'ai vu ce film et comme je repasse rarement, soit je changeais de chaîne et j'abandonnais mes chemisiers, soit je laissais filer et mon allure serait soignée.

Un film de Bernard Rapp, le fameux présentateur de l'Assiette anglaise? un élégant polar autour d'un écrivain et d'un éditeur: Tiré à part (1996).

mardi

Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable, Romain Gary

Encore un ouvrage qui fait penser que la science a du bon. Si Romain Gary avait connu le Viagra, il n'est pas certain qu'il se serait montré si désespéré du monde, si proche de la mort dans un corps en déchéance et sans vigueur dans la queue.


Quand on a que l'amour, et plus de jus, il est bien difficile d'essayer d'avancer.
Mais le roman ne parle pas que de déchéance sexuelle et d'un corps vieilli qui tente de trouver une issue glorieuse et financièrement acceptable pour sa famille, il évoque avec une lucidité étonnante la fin d'un temps béni, celui des Trente Glorieuses.
Le "jeune Chirac" est aux commandes, Chaban-Delmas et la vieille garde maquisardo-gaullienne à la ramasse, la crise se confirme, l'Amérique s'en sort, l'Europe est larguée, le bling-bling fait peine à voir, Venise est menacée par les eaux, le recours aux travailleurs étrangers est une nécessité mal acceptée... On est en 1975 mais à quelques détails près (dont la jeunesse de Chirac), les passages sociétaux sont d'une actualité assez étonnante. Ne serait-ce le Viagra.

Jacques Rainier, 59 ans, bande mou et sa brésilienne d'amoureuse âgée d'une vingtaine d'années ne lui en veut pas: le cauchemar.

Quand on connaît la passion pour l'amour des femmes de l'auteur, et quand on sait qu'il s'est suicidé quelques années après l'écriture de ce roman, on prend la mesure de la froide colère qui marque chaque ligne de cette triste histoire.


***

Au-delà de cette limite, votre ticket n'est plus valable, Romain Gary (1975).

Un autre roman écrit par Romain Gary en 1975? La vie devant soi, d'Emile Ajar, un roman d'une tragique drôlerie, à faire pleurer dans tous les sens.

Un autre roman évoquant la fin d'une sexualité masculine débridée auprès d'une jeune américaine du sud? La bête qui meurt, de Philip Roth (2001).

Un film sur le sujet? La débandade, de Claude Berri (1999).
Au passage, il existe aussi la version cinématographique de La bête qui meurt, et ça s'appelle Elegy, et c'est réalisé par Isabel Coixet (2008), vec Ben Kingsley en David Kepesh!

Voilà!

lundi

Berlin Alexanderplatz, Alfred Döblin


Dans le but d'élaborer un fond de références littéraires germanique, je m'efforce ces temps-ci à découvrir un peu la culture fondamentale de mon nouveau pays, l'Allemagne, qui m'est jusqu'alors totalement étrangère, et je m'en consume de honte.
Grâce à Alfred Döblin, mais aussi et surtout grâce à l'infatigable concours de Franz Biberkopf (notre héros), me voilà désormais un peu plus renseignée sur l'Allemagne, ou tout au moins sur les bas-fonds berlinois de la fin des années vingt, ce qui concentre déjà pas mal de choses.

La couverture Folio, un détail du Crépuscule, aquarelle de Georg Grosz (un ami d'Otto Dix, un de mes peintres allemands favoris sinon mon), datant de 1921, annonce tout à fait la couleur, une fois n'est pas coutume.
La force du roman tient dans la carrure de Franz Biberkopf, l'arsouille avec qui le Destin ne prend pas de pincettes, un ancien déménageur voyou séduisant les fifilles, souffrant d'alcool mauvais et d'une droiture aléatoire quoique sincère.

Nous suivons ses pérégrinations berlinoises sur une petite paire d'années qui en valent dix au bas mot, aux côtés d'un narrateur omniscient tout aussi désolé que nous du spectacle offert par Franz Biberkopf.

La langue est belle, l'histoire est forte, les personnages affolants, la période fascinante, le lieu étourdissant, l'ensemble est d'une modernité assez incroyable et je vais bientôt me promener sur l'Alexanderplatz avec un regard particulier et je ne manquerai pas de zyeuter l'entrée du métro en pensant au cheval qu'en a sorti un Franz Biberkopf amoindri lors de sa construction il y a bien longtemps de ça.

***
Berlin Alexanderplatz, un roman monumental d'Alfred Döblin (1929).

D'autres artistes allemands qui me plaisent: Dürer, Goethe, Paul Klee, Kandinsky, Otto Dix, Hermann Hesse, Erich Maria Remarque, Leni Riefenstahl (non! ça c'est une blague!).

Je ne connais absolument rien au cinéma allemand, mais je connais sa valeur et l'ampleur de mon ignorance, j'espère combler ce manque très rapidement. N'empêche que j'ai adoré un fameux film récent se passant à Berlin: Good bye, Lenin!, un film de Wolfgang Becker (2003).

Berlin Alexanderplatz adapté à la télévision? Rainer Werner Fassbinder l'a fait, en 1980, et ça tient en 14 épisodes que j'ai hâte de voir (décidement).





mercredi

Gros-Câlin, Emile Ajar

Romain Gary, un des plus flamboyants et mystérieux auteurs du XXème siècle: courageux, intelligent, talentueux, drôle, politique, beau, et en plus de tout ça légendaire; vraiment un de ces types dont on voudrait faire un modèle pour son propre fils (Romain Gary pêchait-il par bavardage étant enfant? voilà qui me tourmente pour des raisons filiales justement).

Pourquoi parle-je de Romain Gary? Car Emile Ajar naquit de l'imagination dudit Romain Gary (né Roman Kacew, d'ailleurs) (il a écrit sous d'autres pseudos aussi, mais dans une moindre gloire), pour devenir l'auteur de quelques uns de ses plus chouettes romans, notamment La vie devant soi (prix Goncourt en je ne sais plus quelle année mais ça doit se trouver aisément dans l'internet mondial) et ce Gros-Câlin, méconnu mais délicieusement neurasthénique et pathétique à mon goût.

Cousin a vingt-huit ans, il est orphelin, parisien et statisticien, on comprendra aisément son énorme besoin de bras pour l'étreindre, le réchauffer, lui témoigner de l'affection, de la sympathie et de l'amour si possible démographique. Un gros python fera l'affaire.

Innocence, naïveté et terrible clarté de vue font déjà partie du style inimitable d'Emile Ajar (Gros-Câlin est son "premier" roman). Il évoque principalement la solitude du monde moderne, les difficultés de communiquer, mais sur un ton si décalé et drôle malgré tout qu'on oublierait presque le pessimisme sur lequel s'achève à mon sens le roman.

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Gros-Câlin, Emile Ajar (Romain Gary), 1974.

Un autre roman merveilleux d'Emile Ajar? La vie devant soi, Prix Goncourt (refusé) 1975. Egalement adapté avec succès au cinéma en 1977 par Moshé Mizrahi, Simone Signoret interprétant le rôle de Madame Rosa (et oscarisée pour cela).


dimanche

Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, Stefan Zweig


Récit bref d'une brève rencontre, dans une Europe cosmopolite à l'aube d'un XXème siècle de carte postale: les veuves anglaises voyagent de palace en palace, les riches héritiers polonais brûlent la vie par les deux bouts, les danois pêchent à la ligne, les épouses d'industriel lyonnais s'entichent de jeunes élégants, les couples d'allemand partent en randonnée, les écrivains autrichiens lient des amitiés avec tout ce beau monde, le tout sur la Riviera.

En moins de 125 pages (124), c'est tout un monde qui n'existe déjà plus quand l'auteur écrit ce récit, c'est Forster et Dostoïevski, toute la beauté et l'horreur de la passion, celle qui se consume et celle qui n'a jamais commencé, toute la beauté et l'horreur de la raison, celle qui tue et qui sauve. Ouh!

***
Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, un récit de Stefan Zweig (1927) (LGF).

Deux adaptations cinématographiques existent: une datant de 1967, de Dominique Delouche avec Danielle Darrieux; l'autre datant de 2001, de Laurent Bouhnik avec Agnès Jaoui.

Une autre évocation des démons du jeu: Le joueur, de Fédor Dostoïevski (1866).

Les palaces, les riches oisifs européens, le cosmopolitisme, les voyages? Avec vue sur l'Arno, d'E.M. Forster (1947), mon roman préféré.

vendredi

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Harper Lee


Il faut d'abord insister sur le fait que ce célèbre roman fort bien ficelé est destiné à la jeunesse, donc passé treize ans, on trouvera ça cucul-la-praline, à juste titre.

Cela étant dit, pour l'élévation des jeunes gens, ça peut être intéressant, abordant des thèmes importants comme la justice, l'injustice, les différences sociales, la tolérance, et bien entendu le racisme puisque situé dans l'Alabama des années 30 et de la grande crise, il s'agit du sujet central.
La narratrice, Scout, évoque cependant ses souvenirs d'enfance de petite fille un peu agitée, entourée de son grand frère chéri Jem et d'un ami fidèle quoiqu'estival, Dill, sur un ton naïf, léger et souvent drôle, alors que le sujet (la violence des injustices faites à un jeune noir - pourtant propre et fréquentant l'église) permettait facilement de verser dans le larmoyant et la manichéisme primaire.
On n'en est pas loin, mais le pire est évité.

Perclus de bons sentiments, certes, mais écrit à la fin des années 50, à une époque où les problèmes évoqués n'avaient guère été réglés et étaient même d'actualité (conquête des droits civiques des noirs américains), ce roman a du mérite et d'ailleurs il ne cesse depuis d'être une référence en la matière (il fait partie des ouvrages incontournables étudiés dans tous les collèges et lycées des Etats-Unis).
On notera avec ravissement, pour ceux que ça intéresse, que le personnage de Dill a été influencé par Truman Capote, ami d'enfance de l'auteure, Nelle Harper Lee.

La biographie de cette dernière interpelle par ailleurs, puisqu'après avoir connu un phénoménal succès avec ce premier roman, assorti de la gloire d'un prestigieux Pulitzer 1961 et d'une adaptation cinématographique immédiate offrant des oscars notamment au magnifique Gregory Peck qui tient le rôle du père, Atticus Finch, merveilleux de gentillesse, de dignité et de droiture, la jeune femme qui a fini par vieillir n'a plus jamais rien publié.
A ce sujet, des tas de légendes ont circulé: Capote serait le véritable auteur, ses tiroirs seraient pleins mais l'angoisse d'affronter la critique importerait trop à la discrète romancière, ou bien encore elle publierait sous différents pseudonymes... (source: wikipédia, alors si ça se trouve c'est pas vrai!).


***
Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, un roman signé Harper Lee, 1960 (Editions de Fallois, Livre de poche).

Deux films où apparait la figure de Nelle Harper Lee sous les traits respectifs de Catherine Keenner et de Sandra Bullock: Capote de Bennett Miller (2005) et Infamous (Scandaleusement célèbre) de Douglas McGrath (2006). J'ai vu les deux, ce sont deux films traités de la même façon sur la même période (l'enquête et l'écriture du roman De sang froid), avec quelques nuances dans l'interprétation des écrits; j'ai préféré Infamous, le méchant était plus sexy et plus... méchant.

Le film tiré du roman To kill a Mockingbird: Du silence et des ombres un film de Robert Mulligan, 1962.


mardi

Quartier lointain, Jirô Taniguchi

Pragmatique et athée, profondément rétive à toute forme de charlatanisme et allergique à la science-fiction, je suis.

Mais y a quand même un truc qui me fascine, m'émerveille, m'éblouit, m'a souvent empêché de dormir et me fait courir à tous les coups: les voyages dans le temps.



Hiroshi est un type qui a vraiment trop de chance: à la faveur d'une erreur de correspondance un jour de gueule de bois, il se retrouve dans un train qui l'emmène à ses dix ans.

...

!

***
Quartier lointain, de Jirô Taniguchi, 1998 (Casterman).

Les meilleurs films bousculant les conventions temporelles? Retour vers le futur 1 & 2, de Robert Zemeckis! Mon préféré restant le premier, et le troisième n'ayant aucun intérêt.

La meilleure série de tous les temps passés? Code Quantum! (mention spéciale quand même à Docteur Who, super aussi mais moins, et Demain à la une).

lundi

Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Michel Gondry


Il y a Clémentine, une jeune femme pas gentille qui s'applique à tenter d'être foldingue pour dépasser ses complexes, et Joël, qui ressemble trait pour trait à la personne avec qui je vis (dans le genre gentil, timide, effacé, gentil, portant des polos et un duffle-coat voire une parka quand il neige, coeur d'artichaut, gentil, désolé, gentil, mal rasé, et tellement sage, calme et gentil).


Et puis alors... Un médecin un rien geek a magouillé un programme ingénieux permettant d'effacer de sa mémoire l'existence d'une personne, et de faciliter par là-même les ruptures sentimentales. Clémentine et Joël s'adorent mais comme ils font que s'engueuler car il faut que jeunesse se passe, ils entrent dans diverses circonstances en contact avec le cabinet de ce médecin et de ses employés un rien loufoques (Kirsten Dunst en petite culotte, Elijah Wood, Mark Ruffalo), histoire de s'effacer l'un l'autre.

Nous découvrons ainsi les personnages à travers les mondes passés, présents, rêvés, transformés par la mémoire ou transformables par la technologie. On assiste à une sorte de psychanalyse sous hypnose en différé puisqu'en fait, on sait déjà comment ça finit (ce que j'avais deviné depuis le début, mais on s'en fiche).

***

Eternal Sunshine of the Spotless Mind, un film de Michel Gondry (2004).

Un autre film inventif et délirant de Michel Gondry: Be Kind, Rewind (2007), mais j'ai aussi de la tendresse pour son doc musical qui confirme si besoin était mon envie de vivre un jour à Brooklyn et qui je pense a partiellement inspiré Be Kind, Rewind: Dave Chappelle's Block Party (2006).

Un autre grand film avec Jim Carrey: Man on the Moon, de Milos Forman (1999).

Une autre sublime comédie romantique avec Kate Winslet: Sense and Sensibility, de Ang Lee (1995), adapté du roman de Jane Austen (1811).





dimanche

L'insoutenable légèreté de l'être, Milan Kundera


Tomas, Tereza, Sabina, Franz, Nietzsche, les gargouillis, les cheveux qui sentent le sexe d'une autre, le printemps de Prague, les micros dans les murs, le médecin laveur de carreaux, la serveuse photographe, Zurich, l'éternel retour, Prague, Genève, Paris, les hasards, la trahison, Beethoven, le Cambodge, la révolution du kitsch.
Qu'est-ce qui est pire? la pesanteur? la légèreté? comment diriger sa vie, la dirige-t-on vraiment, doit-on avoir des regrets, doit-on continuer à avancer, quitte à aggraver une situation déjà désespérante?
On ne s'ennuie pas, en somme.

La construction baroque a un sens et le plus bluffant dans ce roman à tiroirs reste l'annonce prématurée de la fin, ce qui donne une intensité encore plus dramatique à la conclusion.
Le type de la postface (François Ricard) parle de Kundera en tant qu'écrivain du désespoir, nous étions donc faits pour nous entendre.

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L'insoutenable légèreté de l'être, de Milan Kundera, 1984 (Gallimard).

Envie de voir l'adaptation cinématographique? C'est The Unbearable Lightness of Being, de Philip Kaufman, sorti en 1988 avec le magnifique Daniel Day-Lewis, Juliette Binoche et Lena Olin.

Un autre tchèque de génie: Milos Forman, le réalisateur de mes films situés au XVIIIème préférés (Amadeus et Valmont).

vendredi

Nouvelles histoires du Wyoming, Annie Proulx

Je n'ai fichtrement aucune idée de où peut bien se trouver le Wyoming sur une carte des Etats-Unis; pas grave, a priori les habitants du Wyoming non plus!
Ne connaissant Annie Proulx que de lointaine réputation, j'imaginais une série de nouvelles sordides, ou cruelles, ou dures, à la fin desquelles je ne pourrais m'empêcher de pleurer comme une madeleine.
Il y en a, cela dit j'ai énormément ri, voire été prise au dépourvu, notamment par quelques saillies surréalistes.
Des péquenots et des loosers, certes d'abondance, mais toujours traités avec respect et bienveillance, en quelque sorte, notamment les héros récurrents traînant au bar Pee Wee à Elk Tooth (nulle part et partout, au Biergarten du coin on doit trouver les mêmes!).
La plupart des personnages sont grotesques, mais pas dupes d'eux-même.
La morale de ce recueil, dont la première nouvelle porte le délicieux titre équivoque Le Trou de l'Enfer pourrait être que le monde n'a peut-être rien de bien joli, mais on s'en remettra.

Et c'est ce que nous annonçait l'épigraphe, après vérification...

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Nouvelles histoires du Wyoming, d'Annie Proulx, 2004, (Le Livre de Poche).

Où l'on comprend que les paysans du Wyoming peuvent aussi avoir des sentiments : Brokeback Mountain, un film dramatique tout ce qu'il y a de plus dramatique, de Ang Lee, 2005, d'après une nouvelle d'Annie Proulx, justement, ouah le monde est petit!