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vendredi

Oscar Wilde, Arthur Conan Doyle: romans croisés



Récemment, deux lectures m'ont fait par hasard croiser Conan Doyle et Oscar Wilde.


Le premier roman, Arthur & Georges, de Julian Barnes, présente une biographie romancée de Sir Arthur Conan Doyle, célèbre créateur de Sherlock Holmes, croisée avec un célèbre fait divers britannique autour d'un personnage relativement sot et antipathique quoiqu'innocent, George Eladji.
Le roman peut paraître un peu inégal, puisque face au héros malheureux, poursuivi, victime de racisme, naïf et pas très éveillé, on est transporté d'allégresse et d'admiration pour la personnalité extraordinaire de Doyle, un homme honnête, intègre, droit, doué, aux multiples
facettes (médecin, auteur célèbre, sportif de haut niveau), curieux de tout...
Evidemment, l'opposition de ces deux personnalités est nécessaire à l'intrigue et au projet d'innocenter cet imbécile de George, mais comme le style suit, les chapitres concentrés sur ce dernier (c'est chacun son tour) ont du mal à décoller, ça finit par être lassant, d'autant que toute la fin du roman évoque la passion pour le spiritisme de Conan Doyle, et comme on ne marche pas une seule seconde, on s'écarte vraiment du polar haletant promis au départ.

Cela étant, une belle découverte, donnant l'envie de découvrir un peu mieux Sherlock Holmes!

Et par le plus grand hasard, annonçais-je, j'ai retrouvé Conan Doyle en tant que personnage de roman dans un polar assumé cette fois, acquis pour passer l'été dans la plus grande tradition, dont le détective n'est autre qu'Oscar Wilde, plus célèbre pour son dandysme et son procès en "grave indécence" que pour ses quelques romans, contes et nouvelles, qui gagneraient à être plus lues.
L'auteur, Gyles Brandreth (une sorte de people VIP anglais d'après ce que j'ai compris de la notice bio?) réussit un bel exercice de synthèse biographique et de récupération spirituelle, du coup le roman, à l'intrig
ue pas folichonne, se laisse lire avec beaucoup de plaisir, puisque les bons mots à la manière de (voire de tout court) Wilde égayent franchement le récit. Nombre de personnages ont vraiment existé, dont Doyle, sa femme, le narrateur Robert Sherard, ainsi que la plupart des lieux ou anecdotes évoquées, ce qui rend le tout beaucoup plus intéressant que je ne le craignais. J'attends la suite!


***
Arthur & Georges, un roman de Julian Barnes, 2005 (Mercure de France, Folio).

Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles, un roman policier de Gyles Brandreth, 2007 (10/18 coll Grands Détectives).

Plus qu'un héros de roman fidèle et spirite, l'auteur Sir Arthur Conan Doyle: les aventures de Sherlock Holmes.

Plus qu'un détective amateur, goinfre et dépensier, l'auteur Oscar Wilde: Le portrait de Dorian Gray, Le crime de Lord Arthur Savile...

Pour retrouver le médecin qui inspira le créateur de Sherlock Holmes: Professeur Bell, une série BD de Joan Sfar!

dimanche

Dans la main du diable, Anne-Marie Garat

Bon. L'ambivalence des sentiments règne à plein avec ce conséquent pavé. L'auteur (une universitaire spécialisée dans l'étude des arts visuels) remercie les archivistes avenants (je cite) de la BNF. C'est vrai que les passages sur la fabrique de petits gâteaux au début du siècle sentent un peu les archives avenantes de la BNF.


L'histoire: à Paris, fin 1913-début 1914, une jeune fille bourgeoise-bohême, au prénom ravissant, riche héritière, fille d'artistes morts, élevée par une tante hongroise et une grosse nourrice aveyronaise, pianiste à ses heures grâce aux cours d'une polonaise lesbienne élève de Saint-Saëns, mène une enquête haletante au sujet de la disparition mystérieuse de son cousin, un fieffé coquin qui lui a prit sa fleur avant de partir en Orient. Avec tout ça, une riche famille spécialisée dans le biscuit, une petite
orpheline, un scientifique sexy disciple de Pasteur (qui sent l'humus figurez-vous)(le sexy, pas Pasteur!), un inquiétant employé du ministère de la Guerre, des histoires pas nettes en Asie, un
notaire lubrique, un petit-fils ingrat, une hystérique de la soupe populaire, un délicieux anarchiste à l'abondante chevelure noire et bouclée (what else?), un flic épais mais fin; je pourrais continuer encore un peu, y en 1300 pages. Voyez le genre.
Historiquement, j'ai trouvé ce roman un peu léger, bourré de clichés éhontés sur l'émancipation par le travail et les orgasmes hors mariage, la misère ouvrière et les débuts des revendications syndicales organisées, la guerre moderne qui se profile.
Au niveau du style, c'est guère mieux, étourdissant de formules à coucher dehors, dans le genre feuilleton du XIX avec des allusions sexuelles en plus, une débauche de vocabulaire échevelée, des métaphores botaniques en veux-tu en voilà...
A la rigueur, on a envie de savoir comment ça finit (et encore, vu qu'on le devine à la dixième page).


Du coup, j'ai mis du temps à rentrer dans l'histoire, mais comme au bout de 700 pages, il en restait autant, j'ai dévoré la deuxième partie, habituée que j'étais aux fantaisies littéraires ampoulées (sinon gratinées) d'Anne-Marie Garat.

Disons que c'est le genre de choses à lire pendant les vacances, en se prenant pour une Bovary des plages. Une sorte de Harlequin, mais en mieux (enfin je suppose).
N'empêche que la suite est sortie et qu'il y a bientôt une dédicace dans une librairie chic près de chez moi. Je me tâte.