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mardi

Quartier lointain, Jirô Taniguchi

Pragmatique et athée, profondément rétive à toute forme de charlatanisme et allergique à la science-fiction, je suis.

Mais y a quand même un truc qui me fascine, m'émerveille, m'éblouit, m'a souvent empêché de dormir et me fait courir à tous les coups: les voyages dans le temps.



Hiroshi est un type qui a vraiment trop de chance: à la faveur d'une erreur de correspondance un jour de gueule de bois, il se retrouve dans un train qui l'emmène à ses dix ans.

...

!

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Quartier lointain, de Jirô Taniguchi, 1998 (Casterman).

Les meilleurs films bousculant les conventions temporelles? Retour vers le futur 1 & 2, de Robert Zemeckis! Mon préféré restant le premier, et le troisième n'ayant aucun intérêt.

La meilleure série de tous les temps passés? Code Quantum! (mention spéciale quand même à Docteur Who, super aussi mais moins, et Demain à la une).

jeudi

Vacances de printemps, Lewis Trondheim

Une nouvelle aventure de Lapinot, avec ses deux inséparables acolytes et la souris qu'il cherche désespérément à se faire d'un album à l'autre.
Pour les gens qui méprisent la bande dessinée en tant que genre littéraire de bas étage, il n'y a plus rien à faire, à part porter des tuniques ethniques, boire du thé fumé, et se limer les ongles des pieds.
Pour les gens civilisés qui aiment le vin rouge, les déclinaisons de ballerines, et manger des raisins secs au cinéma, Lewis Trondheim n'est rien de moins qu'un génie. 

Cette aventure se passe, disons, du temps de Jane Austen, dans le pays de Jane Austen, avec des gens un peu plus fortunés que chez Jane Austen, dont la plupart des héroïnes peinent un peu, à vrai dire. 

Cette précision nécessaire éclaire le concept des Formidables aventures de Lapinot. Sachez en effet que les épisodes précédents se passaient:
  • à Chamonix pendant les sports d'hiver, entre Clo-Clo en boîte de nuit et gueules de bois au vin chaud (ça c'était le zéroième tome, pour vous donner une idée);
  • dans le Far-West américain, avec saloon, filles de joie en petite dentelle, shérif corrompu, suffragettes et chercheurs d'or;
  • à Paris, avec des trentenaires d'aujourd'hui, vivant chômage et célibat, et tiraillés entre réussite sociale et concessions ou fidélité aux idéaux de jeunesse dans une société aseptisée, voyeuriste, politiquement correcte et hypocrite;
  • dans le Paris d'Eugène Sue et d'Adèle Blanc-Sec, enquêtes de policiers patibulaires, savants fous et créatures mystérieuses.

Le tout pétri de bons mots, d'astuces, de dessins léchés, de fils conducteurs d'un épisode à l'autre, d'amour et d'amitié.

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Vacances de Printemps, tome 5 des Formidables aventures de Lapinot, Lewis Trondheim (et Frank Le Gall pour cet épisode), Poisson Pilote, Dargaud (2001); 9€ (au moins).

D'autres histoires d'amour  se passant dans la campagne anglaise du siècle dernier: Orgueil et Préjugés, Jane Austen; Hurlevent, Emily Brontë; Lady Chatterley, D.H. Lawrence.






dimanche

La vie secrète des jeunes, Riad Sattouf

Une somme compilant les courtes chroniques hebdomadaires de Riad Sattouf dans Charlie Hebdo. C'est malin, incisif, souvent cruel, toujours drôle, parfois méchant. Issues de l'observation sociologiquement intéressante qu'offrent les McDo's, le métro, la rue, les taxis, les fêtes, les séances de dédicaces, tout est vrai. Comme la réalité dépasse souvent la fiction, on n'ose parfois y croire, mais en fait si. 

L'auteur y montre une vraie affection navrée pour les enfants, une haine farouche de la violence, un mépris absolu envers les parents indignes et les jeunes sarkozystes bourgeois, et une sidération devant l'impudeur des filles qui racontent leur vie sexuelle en public. Il déteste l'auto-satisfaction (tout comme moi!) et a un sens de la caricature assez impressionnant; j'imagine le pied que ce doit être de mettre en boîte de manière aussi dure et définitive les connards croisés dans la journée.

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La vie secrète des jeunes, Riad Sattouf (2008), L'association, (18€)

Un autre auteur intransigeant et qui détestait les jeunes, les cons, et surtout les jeunes cons: Pierre Desproges!

jeudi

Croisette, Joann Sfar

Pour la première fois je lisais un des "Carnets", de ce dessinateur que par ailleurs j'aime beaucoup. 
Bon, le titre est un peu mensonger, parce que Cannes n'y est évoqué que dans une grosse première partie, la seconde contenant un joyeux fourre-tout, vacances en Toscane ou à Maurice, listes de course (lingettes démaquillantes, toasts), autosatisfaction personnelle, professionnelle et familiale, fausse modestie, autorité morale,
 publicité perso (Pascin, Le chat, Charlie, Le Petit Prince, ses propres films à venir); je fais du mauvais esprit exprès.

 
En réalité, j'ai beaucoup aimé, je regrette simplement la rareté du second degré et le peu de distance, mais sinon, on ne peut pas s'empêcher d'admirer la finesse de l'esprit, l'intérêt du propos et la qualité du dessin. A un moment (page 157), il explique ce qu'il aime dans le cinéma, ce qu'il en attend; c'est au mot près ce à quoi j'aspire quand je lis des romans. Et puis sa liste de réalisateurs préférés m'a troublée, trop de points communs (même dans l'ordre énoncé). Un carnet très enthousiasmant, en fin de compte.


Moins de deux minutes après avoir refermé le bouquin d'une cherté abusive soit dit en passant, j'ai croqué mon chéri qui s'endormait sur le canapé. 
Bilan: je veux lire tout Sfar (et il publie beaucoup, tout ça me ruinerait si j'en avais le potentiel), me mettre au violon et dessiner plus régulièrement.

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Croisette, Joann Sfar (2008) (Guy Delcourt, collection Shampooing) (23€).

Une autre bédé de Joann Sfar que j'adore: Le chat du rabbin (t.1 à 5)(Dargaud).

samedi

MAUS, Art Spiegelman

Maus parle de la Shoah, du souvenir, de la culpabilité et du pardon. Pour ne rien gâcher, la bédé déborde de modernité et de fine intelligence, on se sent bien plus malin après l'avoir lu (et vu).
Pour tout dire, j'ai failli écraser une larme à la dernière image, qui vaut le détour.


A retenir: l'ambiguïté de la paternelle figure, survivant des camps, animé là-bas d'une soif de vivre inextinguible, impressionnant de volonté, de pugnacité, de débrouillardise et de droiture, devenu vieux bonhomme radin, hystérique, égoïste, culpabilisant et, de fait, difficilement supportable pour ses proches.
Je pourrais presque prêter mon exemplaire tellement c'était bien. Presque.

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MAUS, Art Spiegelman (1981-1991), Flammarion. Prix Pulitzer 1992.

D'autres écrits autobiographiques sur l'Holocauste: Un désir fou de danser, Elie Wiesel et Histoire d'une vie, Aharon Appelfeld.