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mercredi

Le coeur est un chasseur solitaire, Carson McCullers





Dans la triste moiteur d'une ville du Sud des Etats-Unis, 1938.
Il y a Mick Kelly, la grande fille qui se cherche en musique. 
Et aussi le Docteur Copeland, un vieux médecin noir, communiste et malade.
Singer, le mystérieux sourd-muet qui est de toutes les conversations et qui écoute tout le monde mais se morfond sans son ami.
Jack Blount, le syndicaliste alcoolique qui répare les manèges.
Biff Bannon, le bistrotier veuf, soigné et pédophile.
Portia, l'employée de maison noire qui a'ondit les angles.
Baby, la mini-miss.
Harry, l'adolescent juif qui rêve de tuer Hitler.
Il y a aussi William, Antonapoulos, Ralph, Highboy, Alice, Mickey Mouse...



Ils se croisent, se parlent, ne se comprennent ni ne s'entendent.
Il y a la crise, la ségrégation, l'alcool, la misère, les accidents, le désespoir, la solitude, la violence policière, la maladie, la mort.
Il y a des pieds sciés, un coup de fusil accidentel, des injures et des violences sur un vieil homme à terre, un suicide, une bagarre sanglante.

Très peu d'espoir, un peu de musique, d'amitié, et Karl Marx.




***

Le coeur est un chasseur solitaire, Carson McCullers (1940).

Un court roman de la même auteur avec des questions sur le sexe: Reflets dans un oeil d'or (1941) (adaptation cinématographique avec Elizabeth Taylor, ce que je ne savais pas en le lisant, mais c'est pourtant à elle que je pensais!).

Mon premier film préféré de ma vie sur fond de ma première chanson préférée de ma vie avec mon premier habit préféré de ma vie (la marinière) adapté de Frankie Addams (1946) de Carson McCullers: L'effrontée, Claude Miller (1985).



lundi

Love Song, Shainee Gabel

Voici un film méconnu mais d'un charme fou.
D'ailleurs il est temps d'avouer que je considère John Travolta comme le meilleur acteur du monde.



Il y a une maison ratatinée en Louisiane, remplie de bouteilles vides et de vieux bouquins; un ancien prof de littérature usé et alcoolique, qui a transformé un jeune écrivain fringant en ancien prof de littérature usé et alcoolique; une jeune fille très en colère et jolie comme un coeur; beaucoup de sentiments charmants et fatigués; de la guitare, de l'harmonica, avec un bruit de grillons entêtant; un mélange de clochards célestes et de ratés magnifiques. De la torpeur moite.

Un vrai bijou!



***
Love Song; a love song for Bobby Long, un film de Shainee Gabel (2004).

Un autre film avec un écrivain alcoolisé mais plein d'amour: Bukowski, un doc américain de John Dullaghan (2005).

Une autre histoire de fainéants qui se passe à la Nouvelle Orléans: La conjuration des imbéciles, un roman humoristique mais sombre de John Kennedy Toole (publié en 1980).





dimanche

Dans la main du diable, Anne-Marie Garat

Bon. L'ambivalence des sentiments règne à plein avec ce conséquent pavé. L'auteur (une universitaire spécialisée dans l'étude des arts visuels) remercie les archivistes avenants (je cite) de la BNF. C'est vrai que les passages sur la fabrique de petits gâteaux au début du siècle sentent un peu les archives avenantes de la BNF.


L'histoire: à Paris, fin 1913-début 1914, une jeune fille bourgeoise-bohême, au prénom ravissant, riche héritière, fille d'artistes morts, élevée par une tante hongroise et une grosse nourrice aveyronaise, pianiste à ses heures grâce aux cours d'une polonaise lesbienne élève de Saint-Saëns, mène une enquête haletante au sujet de la disparition mystérieuse de son cousin, un fieffé coquin qui lui a prit sa fleur avant de partir en Orient. Avec tout ça, une riche famille spécialisée dans le biscuit, une petite
orpheline, un scientifique sexy disciple de Pasteur (qui sent l'humus figurez-vous)(le sexy, pas Pasteur!), un inquiétant employé du ministère de la Guerre, des histoires pas nettes en Asie, un
notaire lubrique, un petit-fils ingrat, une hystérique de la soupe populaire, un délicieux anarchiste à l'abondante chevelure noire et bouclée (what else?), un flic épais mais fin; je pourrais continuer encore un peu, y en 1300 pages. Voyez le genre.
Historiquement, j'ai trouvé ce roman un peu léger, bourré de clichés éhontés sur l'émancipation par le travail et les orgasmes hors mariage, la misère ouvrière et les débuts des revendications syndicales organisées, la guerre moderne qui se profile.
Au niveau du style, c'est guère mieux, étourdissant de formules à coucher dehors, dans le genre feuilleton du XIX avec des allusions sexuelles en plus, une débauche de vocabulaire échevelée, des métaphores botaniques en veux-tu en voilà...
A la rigueur, on a envie de savoir comment ça finit (et encore, vu qu'on le devine à la dixième page).


Du coup, j'ai mis du temps à rentrer dans l'histoire, mais comme au bout de 700 pages, il en restait autant, j'ai dévoré la deuxième partie, habituée que j'étais aux fantaisies littéraires ampoulées (sinon gratinées) d'Anne-Marie Garat.

Disons que c'est le genre de choses à lire pendant les vacances, en se prenant pour une Bovary des plages. Une sorte de Harlequin, mais en mieux (enfin je suppose).
N'empêche que la suite est sortie et qu'il y a bientôt une dédicace dans une librairie chic près de chez moi. Je me tâte.