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vendredi

Joyeuses funérailles, Ludmila Oulitskaïa

Un délicieux petit roman réunissant à la fois de l'âme slave et de l'esprit new-yorkais que j'affectionne tant.



Il y a plein de monde qui circule dans ce grand loft où le héros de ces dames se meure lentement; d'après les infos télévisées, ça bouge en URSS; l'Amérique a réservé des parcours différents à tous ces émigrés qui se fréquentent autour du futur défunt, comme un Moscou reconstitué; l'air suffoquant de l'été new-yorkais plonge tous les personnages, qui veillent au chevet de leur ami, dans une certaine torpeur, se désaltérant de vodka au jus d'orange, à la mode américaine. Une jeune fille qui se cherche une histoire, des ex-maîtresses qui ressassent, un pope et un rabbin, une folle qui ne sait pas quoi se mettre, le sens du départ, beaucoup d'amis responsables, une scène finale très émouvante.

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Joyeuses funérailles, Ludmila Oulitskaïa, Gallimard, Folio (1997).

Un autre petit roman bourré d'expatriés bohêmes: Jours tranquilles à Clichy, Henry Miller.

lundi

L'immeuble Yacoubian, Alaa El Aswany

Voici un roman très passionnant et politiquement incorrect, et pas que pour les intégristes égyptiens; quelques passages m'ont moi-même mise un peu mise à l'aise, pourtant Dieu sait (que son nom soit exalté) qu'il en faut beaucoup.
 
Il s'agit d'une évocation sans concessions de la société cairote (du Caire) des années 90, entre montée de l'islamisme et du terrorisme, du refus des héritages, colonial occidental autant que communiste sous Nasser, de la corruption, de la religion, du poids des traditions les plus rétrogrades, du déchirement des êtres entre poids du passé et désir d'avenir, si j'ose dire.
 
Il est par ailleurs vraiment beaucoup question de sexualité, les rapports que chacun des personnages entretiennent avec la leur expliquant beaucoup d'eux-même et de leur rapport au monde: liberté voire libertinage, mensonge, lâcheté, hypocrisie, prostitution (réelle, symbolique, licite mais effective), frustration, violence ou épanouissement; le tout avec un peu d'homosexualité, de pudeur, de viols, de glorification du plaisir simple, de pédophilie, de mariages arrangés, de tabous. 


Quoiqu'il advienne pour chacun des habitants, hommes, femmes, vieux, jeunes, pauvres, riches, seuls ou en famille, personne ne sort indemne de cette tranche d'observation, car l'hypocrisie règne à tous les étages de l'immeuble Yacoubian (et dans la société égyptienne); ça donne moyen envie de visiter les pyramides, mais je conseille cette lecture.

Il existe une adaptation cinématographique (un film, quoi) qui avait fait scandale à sa sortie en Egypte, je vais demander à un musulman avec qui j'entretiens une sexualité positive, épanouie et libérée de toute entrave religieuse de le télécharger illégalement un de ces jours.

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L'immeuble Yacoubian, Alla El Aswany (2004), Babel (Actes Sud), 8,50€.

Le film (pas encore vu), L'immeuble Yacoubian, un drame égyptien de Marwan Hamed.


vendredi

Le vin de la jeunesse, John Fante

Rien ne serait plus agréable à mes yeux peu audacieux mais bleus que de retrouver un héros de fiction aimé, s'il n'y avait de ces écrivains qui dépassent tout et se font reconnaître, d'un livre à l'autre, roman, nouvelle, essai, article ou poésie. 
Je raffole de l'auteur génial qui se glisse dans ses thèmes de prédilection et révèle ainsi de ses préoccupations principales (de manière très frappante et récurrente, comme, je sais pas, chez Paul Auster et Philip Roth par exemple, ou Romain Gary, ou Colette, ou Dorothy Parker, enfin bref chez les auteurs qui se posent un peu là).  
Les bouquins se complètent, comme des pièces d'un puzzle, et on n'aime rien tant que de retrouver le fil qui les relie, les doublons qui n'en sont pas, les nuances et leur sens. 

Alors quand il s'agit de John Fante, de Jimmy Toscana ou d'Arturo Bandini, on atteint des sommets.
Ici, un recueil de courts récits d'enfance et de jeunesse, publiés après la mort de l'auteur en 1983.

Denver, les Rocheuses, les conserveries de Californie, maman qui voulait être nonne, papa le maçon qui n'a pas de boulot en hiver et qui savate, le charbon à rentrer, l'école catholique, les poules de maman, et les poules de papa, les arrestations pour désordre sur la voie publique, les spaghetti et les ravioli, l'épicier irlandais qui accepte le crédit mais qui fait peur, le base-ball, les machines à écrire, les confessions, Dieu, les philippins; sortir de sa famille, écrire, être estimé pour ce qu'on est, ne pas reproduire les erreurs parentales dont on a souffert, savoir aimer (c'est pas une chanson ça?), avancer en gardant du recul.

Le vin de la jeunesse, John Fante (1940), recueil de courtes nouvelles publié post mortem en 1985, un poche 10/18 (Christian Bourgois). (à peu près 7€)

Un autre roman de jeunesse complètement génial de John Fante que je conseillerais à qui ne connaît pas: La route de Los Angeles (1933), refusé par les éditeurs, publié post mortem en 1985.